Faits et événements Le retour à Prague de l’Epopée slave de Mucha toujours en suspens
L’Epopée slave de Mucha de retour à Prague ? Pourquoi pas, mais pas dans n’importe quelles conditions, estime la famille du célèbre peintre. Elle s’oppose au projet de la mairie de Prague, à qui appartient l’œuvre monumentale, qui essaie, pour la énième fois de la rapatrier vers la capitale. Mais ce déménagement pourrait être retardé suite à une demande d’injonction préliminaire déposée devant le tribunal par la fondation Mucha.
Cela fait plus de dix ans que la querelle fait rage, avec des hauts et des
bas, entre la Mairie de Prague et les héritiers d’Alfons Mucha. C’est
le maitre de l’art déco lui-même qui avait légué en 1928, à
l’occasion du dixième anniversaire de la naissance de l’Etat
tchécoslovaque, l’Epopée slave à la municipalité de Prague. Il
souhaitait néanmoins que soit construit un pavillon spécial pour
accueillir cette série de vingt tableaux de six mètres sur huit, à
laquelle il avait consacré dix-huit années de travail. Mais c’est là
que le bât blesse. Le dernier projet – un pavillon dans le parc des
expositions du quartier d’Holešovice – devait être terminé en 2006.
Comme tous les autres, il a fini par être définitivement abandonné.
L’Epopée slave de Mucha est donc restée dans le château de Moravský
Krumlov, en Moravie. L’état de l’hôte de l’épopée est cependant
considéré comme déplorable, d’où une nouvelle tentative de la mairie
de ramener les toiles à Prague, ce à quoi la fondation s’oppose à
nouveau. On écoute John Mucha, petit-fils du peintre et directeur de la
fondation :
John Mucha, photo: CTK
« La situation est la suivante : après le départ de M. Němec est
arrivé M. Richter, qui a rompu le dialogue avec nous. C’était un
dialogue constructif. Et après M. Richter, il y a eu M. Pecha. Mais il y a
un mois de cela, d’un seul coup, comme un éclair dans un ciel bleu nous
est parvenue une décision de la municipalité qui indiquait que le contrat
avec Moravský Krumlov, qui prend fin le 30 juin, ne sera pas prolongé et
que l’épopée slave sera transférée provisoirement dans le musée
d’Art contemporain (Veletržní palác). De notre point de vue, c’est
absolument inacceptable, parce que je suis tout à fait sûr, quoique me
disent les politiques, que si l’épopée était transférée dans ce
musée, la construction d’un bâtiment digne de ce nom ne se réalisera
pas. »
La fondation Mucha a donc déposé auprès du tribunal une demande d’injonction préliminaire pour empêcher le transfert des toiles. Elle espère pouvoir reprendre les pourparlers et surtout voir accepter sa proposition. John Mucha :
« J’ai un projet que nous avons communiqué à la mairie. Ce serait un
bâtiment construit sur l’esplanade de Letná, derrière le métronome.
Le professeur Dudek a fait une étude architecturale qui ne porte pas
atteinte à l’environnement et à la vue sur le château de Prague. Et ce
qui compte le plus pour moi, c’est qu’il n’y aurait pas seulement ces
vingt tableaux installés exactement comme mon grand-père l’imaginait,
mais nous pourrions donner de nombreux documents, dessins, pastels,
photographies, pour que les gens voient comment l’œuvre a été créée.
Ce serait quelque chose de comparable au musée Van Gogh d’Amsterdam. Il
y a eu très récemment une exposition au Musée Fabre de Montpellier où
étaient exposés deux tableaux de l’épopée. Et les gens étaient
épatés. Et il y avait également des documents d’études, et on a pu
voir comment les gens réagissaient, et ça a été un vrai succès. »
John Mucha dit cependant ne pas être fixé sur son projet et serait prêt
à envisager d’autres solutions, la condition étant toujours qu’elles
devraient correspondre aux vœux de son grand-père et valoriser son
œuvre. Ainsi, l’idée d’une exposition au manège du château de
Prague, comme cela avait déjà été évoqué, lui paraîtrait acceptable.
Reste que les tableaux appartiennent à la municipalité. C’est donc devant les tribunaux que sera décidé si le rôle de gardien moral des œuvres de Mucha que veut revêtir la fondation est assez fort pour empêcher les propriétaires de transférer les tableaux vers la capitale. Le conseiller municipal Ondřej Pecha a estimé que la requête de la fondation était absurde et maintient que l’Epopée slave sera effectivement très prochainement de retour à Prague.








