Le procureur général veut tendre des pièges aux corrompus

Il y a quelques jours, les entrepreneurs européens se sont plaints, à Bruxelles, de la corruption croissante en République tchèque. L'Etat cherche les moyens de la combattre. Information de Magdalena Segertova.

En République tchèque, la corruption foisonne et les autorités ne peuvent que l'admettre. De 47 délits de corruption annuels, le pays est passé, en neuf ans, à 170 cas. L'affaire la plus récente : cette semaine, l'ancien inspecteur national de l'Environnement naturel, Pavel Bendik, a été reconnu coupable, par la Cour constitutionnelle, de corruption. Une entreprise qui devait, par la suite, être favorisée dans l'appel d'offre pour la construction d'une station d'épuration des eaux usées, lui a payé une récompense de 500 000 couronnes tchèques (plus de 16 000 euros).

Quels pièges devrait-on tendre aux corrompus ? Le procureur général, Marie Benesova, a une idée : elle propose d'envoyer dans des institutions publiques des provocateurs "professionnels" des rangs de la police. Ces derniers tenteraient de soudoyer les agents publics afin de vérifier leur morale et leur crédibilité. "Dans les années 80, cette mesure a été appliqué aux Etats-Unis, et elle s'est montrée très efficace", dit Marie Benesova. Mais en République tchèque, la situation est un peu plus compliquée, car l'introduction de ce système devrait être précédée par une modification de la législation.

Sur la scène politique tchèque, le projet du procureur général n'a soulevé que très peu d'enthousiasme : selon les représentants des principaux partis politiques du pays, le système de provocation est très controversé et fait penser au régime communiste. "La police pourrait facilement en abuser pour se débarrasser des personnes gênantes", écrit le quotidien Mlada fronta Dnes. D'après le procureur général, les personnes corrompues ne devraient pas forcément être poursuivies en justice, mais, par exemple, révoquées de leurs fonctions. "Je sais qu'il y a un risque d'abus et que la provocation peut paraître amorale. Mais il faut bien faire quelque chose", conclut-elle.