Le patrimoine de Mossoul entre les mains d’archéologues tchèques

Une équipe d’archéologues tchèques travaille à la préservation du patrimoine monumental de la ville de Mossoul, grande cité du nord de l’Irak tombée aux mains de l’organisation de l’Etat islamique en juin 2014. Une occupation qui s’est accompagnée de son lot de destructions motivant le lancement de ce projet en ligne intitulé « Monuments de Mossoul en danger » et conduit sous le patronage de l’Institut oriental de l’Académie des Sciences de République tchèque.

Photo: YouTubePhoto: YouTube Avec les destructions des bouddhas de Bamyan, des mausolées de Tombouctou ou du temple de Baal à Palmyre, les djihadistes de tout poil sont connus pour ne pas vraiment goûter au patrimoine architectural et culturel des périodes préislamiques, l’associant à des reliquats et à des icônes d’inspiration païenne. Le saccage des œuvres du musée de Mossoul, diffusé dans une vidéo de l’Etat islamique en février 2015, est un autre exemple de cette attitude peu avenante qui avait trouvé un grand écho médiatique. Ces dévastations, qui sont en grande partie le fait de la guerre qui ravage le Proche Orient, constituent des pertes inestimables pour les historiens avec des sites endommagés qui n’ont parfois jamais fait l’objet de fouilles.

Karel Nováček, photo: Site officiel de l'Université PlzeňKarel Nováček, photo: Site officiel de l'Université Plzeň Une poignée d’archéologues tchèques a donc décidé de prendre les devants en s’appuyant dans un premier temps sur des relevés satellites de la ville de Mossoul pour constituer une cartographie des monuments endommagés ou détruits. Parmi ces quelques chercheurs, Karel Nováček, historien de l’architecture à l’Université Palacký à Olomouc, qui fournissait quelques explications peu après le lancement de l’opération :

« Il y a deux objectifs de base. D’une part, nous voulons créer la liste la plus détaillée possible du patrimoine architectural détruit de la ville de Mossoul et rassembler des informations sur tous ces édifices afin qu’il soit possible d’en évaluer la valeur pour les spécialistes, même rétroactivement. Beaucoup de ces bâtiments n’ont en effet pas fait l’objet de recherches mêmes basiques d’un point de vue de l’histoire des constructions ou d’un point de vue archéologique. Le deuxième objectif est de fournir une aide pour une éventuelle tentative de sauvegarde de ces monuments détruits ou pour leur reconstruction. »

Avec 1,5 million d’habitants, Mossoul est la ville la plus importante de la région nord-irakienne. Construite sur les bords du Tigre, elle a été fondée sur le site de l’antique cité de Ninive, qui fut un temps la capitale de l’Empire assyrien. A travers l’histoire, Mossoul a constitué un point de rencontre significatif entre différentes civilisations, cultures et religions, des dominations et influences successives qui expliquent ce riche patrimoine architectural aujourd’hui menacé.

Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger'Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger' Car voilà, la guerre et ses corollaires, destructions et pillages, ont fait leur ouvrage et selon les estimations de Karel Nováček, 38 monuments auraient déjà été détruits et certains de façon irréversible. C’est ce que permet de constater la carte interactive élaborée dans le cadre du projet, une partie technique dont Lenka Starková assure le développement :

« N’importe qui peut naviguer sur le site à l’adresse www.monumentsofmosul.com. On y trouve une carte interactive qui fonctionne de telle sorte que chacun puisse l’utiliser et s’orienter sur le site du centre historique de Mossoul. Les carrés rouges sur la carte sont des polygones délimités correspondant à des édifices ayant été déjà détruits par le passé. En cliquant, on a accès à des informations détaillées. »

Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger'Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger' La carte interactive correspond à la partie visible et peut-être la plus emblématique du projet mais pas forcément à l’aspect le plus fondamental si l’on en croit Karel Nováček. Il s’agit en effet de collecter le maximum de documents relatifs à ces monuments en danger, par exemple des photos personnelles. A cette fin, tout contributeur peut également utiliser les réseaux sociaux et en particulier un groupe dédié sur Facebook pour enrichir la base de données.

Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger'Photo: Site officiel du projet 'Monuments of Mosul in Danger' « C’est quelque chose dont nous sommes très satisfaits car petit à petit nous parvenons à affaiblir les doutes de nos collègues irakiens qui commencent à contribuer à cette page, à ce groupe. Nous commençons à communiquer avec communauté bien plus large de spécialistes et de personnes intéressées qui de plus en plus partagent leurs informations, leurs photographies. Des photographies ne sont envoyées qu’exceptionnellement, car évidemment le fait de photographier des monuments ou d’apporter de la documentation sur les réseaux sociaux est quelque chose qui peut être très dangereux. »

L’équipe du projet ne prévoit pas à court terme de réaliser la visite qu’elle voudrait pourtant effectuer à Mossoul. C’est que la situation sécuritaire risque d’y être précaire encore un bon moment. Fin mars, les troupes de l’armée irakienne ont entamé une offensive pour tenter de reprendre la ville.