Faits et événements Le mystérieux cavalier Franz Kafka regarde d'en haut touristes et Pragois
Enfin... Prague a enfin sa statue de son célèbre natif, l'écrivain Franz Kafka. Elle a été dévoilée jeudi dernier, à un endroit on ne peut plus symbolique : au coin des rues Dusni et Vezenska, dans le premier arrondissement pragois, là où se situait, jadis, la frontière entre la Vielle-Ville chrétienne et le quartier juif de Josefov.
La statue de l'écrivain Franz Kafka
Incroyable, mais vrai. Pour ériger dans la ville de Kafka une statue de ce
dernier, et la toute première en plus, il a fallu attendre treize ans et
déployer un effort surhumain. L'Association Franz Kafka qui édite son
oeuvre complète et décerne un prix littéraire Kafka, en a rêvé depuis sa
création, en 1990. Il y a quatre ans, un concours pour la création de la
statue a été organisé et le projet du plasticien Jaroslav Rona en est
sorti vainqueur, grâce à sa vision de Kafka, nouvelle, peu habituelle,
courageuse, ironique. C'est une statue "équestre" : mais
l'écrivain ne monte pas à cheval, il est assis sur les épaules d'un homme
dont on ne voit que le manteau flottant. Jaroslav Rona explique.
"J'ai voulu que la statue exprime le déchirement, la division
intérieure que l'on trouve dans les textes de Kafka. Alors j'ai décidé de
faire deux personnages. Je me suis inspiré de sa nouvelle 'Description
d'un combat'. C'est l'histoire de deux personnes, qui font connaissance
dans une soirée, quelque part près de Petrin à Prague. Ils se promènent,
traversent le pont Charles et dans la Vieille-Ville, celui qui s'appelle
K. monte soudainement sur les épaules de son interlocuteur jusqu'à présent
admiré. Ils l'apprivoise et le prend pour un cheval. Ils traversent des
paysages imaginaires, qui naissent dans l'esprit du cavalier."
Dresser la statue en bronze, haute de quatre mètres, en plein coeur de Prague s'avère techniquement très difficile. En septembre encore, l'Association Franz Kafka, soutenue financièrement par la Ville de Prague et la fondation Nova, n'espère plus pouvoir inaugurer la statue avant la fin de cette année, marquée, quand même, par le 120e anniversaire de la naissance de l'écrivain. Mais enfin... tout se termine bien et la nouvelle fierté de Prague est là, à deux pas de la synagogue Espagnole et de l'Eglise du Saint-Esprit. Et si cet endroit a un esprit particulier, la statue l'a aussi, pense Vladimir Zelezny, sénateur et vice-président de l'Association Franz Kafka.
"Quand la statue était encore dans le jardin de Jaroslav Rona, à 15km de Prague, tout le monde voulait la toucher. C'était comme un instinct. Tout le monde y posait sa main, à la hauteur de la poche sur le grand manteau flottant, et voulait se faire prendre en photo. Et les touristes feront pareil. Chaque visiteur de Prague voudra avoir une photo avec Kafka, avec cette statue un peu étrange, intriguante, dont le message ils ne comprendront pas tout à fait. Parce que Kafka, on ne veut pas le comprendre tout à fait. Laissons-le ouvert à notre imagination."








