Faits et événements Le mur John Lennon de Prague : symbole de paix et de liberté
Tout touriste qui se respecte ne peut manquer le quartier de Malá Strana à Prague. Là, juste en face de l’ambassade de France se trouve un mur qui clôt le jardin appartenant à l’Ordre de Malte. Ce mur est assez particulier, car il porte le nom du célèbre musicien et compositeur britannique John Lennon. Et pour cause : son histoire est liée à cette grande figure des Beatles, une histoire dont témoignent tous les dessins, inscriptions et graffitis qui le recouvrent. Leur signification est dévoilée par František Šimůnek, guide de l’agence Avant-garde Prague.
Tout le monde connaît le musicien, compositeur, guitariste et écrivain
britannique John Lennon. Membre des Beatles dans les années 1960-1970, il
a créé ce groupe avec Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr,
mais est une figure de proue du mouvement « peace and love ». Engagé
dans la lutte pour la paix, il s’oppose notamment à la guerre du
Vietnam. Des prises de position qui lui ont valu le mécontentement du
pouvoir politique.
John Lennon n’a jamais mis le pied à Prague, mais il était à
l’époque un symbole de liberté et de paix pour les étudiants
tchèques, muselés par le régime communiste et la période de la
normalisation de l’après 1968.
Après le 8 décembre 1980, jour de son assassinat, apparaît un premier dessin sur ce mur. Un dessin réalisé en l’honneur de Lennon, comme nous l’explique František Šimůnek.
« Voici la petite fontaine, sur laquelle aujourd’hui ne figure plus
rien, c’est blanc, mais la fontaine a la forme du visage de John Lennon,
avec sa chevelure. A l’époque quelqu’un avait dessiné son portrait
symbolique. Ce mur est devenu un lieu de culte. Quand il y a des troubles
politiques quelque part, les gens déposent souvent des bougies, ici comme
partout ailleurs dans le monde. »
Ce mur est donc devenu en seulement quelques jours le support sur lequel
des étudiants de Prague ont commencé à exprimer leur volonté de paix,
leur révolte contre la guerre et la dictature… Il devient un lieu de
protestation jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. D’une
vingtaine de mètres de long, le mur John Lennon est devenu un symbole de
paix et de liberté pour beaucoup de gens. Evidemment ces inscriptions ne
pouvaient qu’irriter le pouvoir communiste, qui faisait effacer toutes
les inscriptions dissidentes, ou carrément, faisait repeindre toute la
surface du mur. Ni la musique, ni les chansons de John Lennon n’étaient
les bienvenues dans ce pays dirigé par le communiste Gustáv Husák.
František Šimůnek :
« Au début c’était un mur ordinaire, le mur du jardin des Chevaliers
de l’Ordre de Malte. Lorsque j’étais enfant, jusqu’aux années 1980,
ce mur n’avait pas le sens politique. Mais pour les communistes tout
représentait un danger politique, même John Lennon. Ce n’était pas
forcément interdit, mais c’était mal vu. Sous le régime communiste,
naturellement les graffitis n’étaient pas aussi agressifs, c’était
seulement des expressions écrites en plus petit. »
Mais les manœuvres du pouvoir n’empêchent pas les gens d’écrire
encore et encore, et le mur a gardé tout son sens. Ce mur représente donc
bien plus que la mémoire à John Lennon, il incarne aussi la liberté
d’expression, l’espoir et les rêves. Si auparavant, le mur était
rempli de graffitis contre le pouvoir communiste, aujourd’hui les mots
d’amour et de paix sont venus les remplacer :
« Au début il y avait des inscription poétiques, puis politiques,
maintenant c’est plus tôt une curiosité pour les touristes. »
Finalement, on peut se demander si cette tradition perdurera à l’avenir… En tout cas, si la mémoire de John Lennon venait à s’effacer dans cinquante ou soixante ans, gageons que son message, lui, restera tout aussi vivant.






