Faits et événements Le label Supraphon change de propriétaire
La société Supraphon ayant été pendant plus d’un demi siècle le label musical tchèque le plus important, change de propriétaire. Elle a été acquise par la société Music Pro de l’homme d’affaires Miloš Petana. C’est ce dernier qui possèdera donc aussi ce qu’il y a le plus précieux dans cette acquisition – les enregistrements réalisés par Supraphon depuis 70 ans.
Miloš Petana n’est pas un personnage inconnu de la scène médiatique
tchèque. Fondateur de la télévision privée Premiéra devenue par la
suite Prima, il est également copropriétaire de la chaîne de magasins de
disques Bontonland, des studios de cinéma de Zlín et de la société
Global Inspiration qui assure le programme de la télévision Stream
diffusée sur Internet. Bien que le montant de la transaction n’ait pas
été publié, selon les spécialistes il s’agirait de 200 à 500
millions de couronnes, 8 à 20 millions d’euros. Aujourd’hui,
d’après la Fédération d’industrie phonographique, Supraphon
n’occupe que la quatrième position sur le marché de disques en
République tchèque, mais pendant toute la seconde moitié du XXe siècle
le label régnait sur la production de disques dans toute la
Tchécoslovaquie quasiment sans partage. Selon le musicologue Ivan Ruml
c’était cependant un absolutisme éclairé :
Ivan Ruml
«Pratiquement jusqu’à la révolution de velours en 1989 Supraphon
détenait le monopole du marché des disques tchèques. Il n’y avait en
plus que la maison Panton qui se spécialisait dans la musique
contemporaine et, en Slovaquie, la société Opus qui copiait en quelque
sorte l’exemple de Supraphon. Il faut dire cependant que Supraphon
faisait un travail de qualité et même tout à fait excellent grâce
surtout à son directeur, le musicologue Jaroslav Šeda, qui a créé tout
le catalogue de la maison.»
C`est Jaroslav Šeda qui a fait enregistrer pratiquement tout le répertoire de la Philharmonie tchèque et immortalisé grâce au disque l’art de Karel Ančerl, directeur musical de cet orchestre dans les années cinquante et soixante, ainsi que les prestations d’autres grands chefs tchèques comme Václav Neumann et Jiří Bělohlávek. Et Ivan Ruml d’ajouter :
«Supraphon a gravé sur disques également les performances de grandes
personnalités d’art d’interprétation tchèque dont les pianistes Ivan
Moravec, Jan Panenka et Ivan Klánský ainsi que les violonistes Josef Suk
et Václav Hudeček. Dans ses archives il y a aussi toute une série
d’enregistrements intégraux d’opéras tchèques. La maison a conservé
en plus les enregistrements des prestations de grands artistes étrangers
qui se produisaient au festival Printemps de Prague notamment celles des
virtuoses russes Sviatoslav Richter, Emil Gillels, Dimitri Sitkovetsky,
David et Igor Oistrach.»
Pendant longtemps les formations et les musiciens classiques, de variété et même folkloriques désireux d’enregistrer des disques, ne pouvaient s’imposer sur le plan national que si Supraphon daignait signer un contrat avec eux. Figurer sur la liste des disques Supraphon était pour les artistes une véritable consécration. Et c’est grâce à cette position privilégiée que Supraphon a amassé au fil des années un trésor des enregistrements qui ne perdent pas leur prix et restent, dans certains cas, inégalés.









