Le journal de rue Nový prostor fête son 500e numéro

Nový prostor (Nouvel espace en français) est un journal de rue vendu depuis 1999 à Prague et dans neuf grandes villes tchèques par des personnes en difficultés. Magazine bimensuel, coloré et à la ligne éditoriale engagée, chaque numéro de Nový prostor est vendu à 15 000 exemplaires à travers le pays. A l’occasion de la sortie de son 500e numéro, le magazine a lancé une campagne de soutien en faveur de ses deux cent vendeurs colporteurs, comme nous le raconte le rédacteur en chef Jan Štěpánek :

Photo: Nový prostorPhoto: Nový prostor « Les vendeurs achètent le magazine à 25 couronnes (moins de 1 euro, ndlr) et le revendent à 50 couronnes. Pour fêter le 500e numéro de Nový prostor, nous avons lancé une opération de collecte auprès de nos lecteurs, appuyée par une fondation tchèque. Le bénéfice nous a permis d’augmenter de dix couronnes la somme qui revient directement au vendeur pour chaque numéro vendu de ce numéro spécial. Aussi, le contenu de ce numéro sort de l’ordinaire : nous avons demandé à plusieurs auteurs tchèques d’écrire des contes sur la vie actuelle en République tchèque et à de jeunes illustrateurs de les accompagner avec leurs dessins. »

Difficile de deviner l’âge de la dame souriante posté à son point de vente à Prague, près de la station de métro Muzeum. Elle fait partie des quelque 10 000 personnes en situation de précarité qui ont rejoint l’équipe de Nový prostor depuis la fondation du journal :

Un vendeur du magazine Nový prostor, photo: Facebook de Nový prostorUn vendeur du magazine Nový prostor, photo: Facebook de Nový prostor « Je m’appelle Alena. Je suis devenue vendeuse chez Nový prostor suite à des difficultés sociales et de santé auxquelles j’ai été confrontée dans ma vie. Je souffre de leucémie chronique et de diabète et dans cette situation, je n’ai pas réussi à trouver un emploi correct. Je vis dans un foyer et j’essaie de faire des économies pour pouvoir trouver un autre hébergement, si possible avec un petit jardin car j’ai deux chiens et je voudrais en avoir d’autres, je ne vis que pour eux. »

Le 500e numéro du magazine contient les témoignages de trois anciens vendeurs pour qui Nový prostor a été un tremplin vers la réinsertion. Chaque année, ils seraient une quarantaine à trouver un emploi, le chiffre étant toutefois approximatif selon Jan Štěpánek :

Un vendeur du magazine Nový prostor, photo: Facebook de Nový prostorUn vendeur du magazine Nový prostor, photo: Facebook de Nový prostor « On ne connaît pas le nombre exact. Souvent, nous perdons les gens de vue après quelques mois de collaboration. Nous supposons alors qu’ils ont trouvé du travail. De par mon expérience, je sais que les anciens vendeurs qui ‘s’en sortent’ sont nombreux, mais ils ne viennent pas tous nous le dire. C’est aussi la mission d’un journal de rue : aider temporairement les gens en difficultés, leur permettre par exemple de pouvoir se payer un logement provisoire dans un foyer lorsqu’ils se retrouvent dans la rue. Vendre un journal de rue ne doit pas devenir une activité exercée à long terme. Donc oui, l’idéal c’est quand nous n’avons plus de nouvelles de nos vendeurs (rires). »

Nový prostor a évolué depuis sa fondation, il y a dix-huit ans, par Dagmar Kocmánková qui en est toujours la directrice. Des équipes rédactionnelles s’y sont succédé et chacune d’elles a apporté une touche différente au concept du magazine. Jan Štěpánek :

Jan Štěpánek et Dagmar Kocmánková, photo: Barbora Linková, Radio WaveJan Štěpánek et Dagmar Kocmánková, photo: Barbora Linková, Radio Wave « Il existe, à travers le monde, quelque 110 ou 115 journaux de rue. Ils sont très différents les uns des autres. En commençant par le journal londonien The Big Issue, le plus ancien et le plus lu puisqu’il est vendu à 80 000 exemplaires par semaine. Il est basé sur du journalisme ‘mainstream’ et s’intéresse à des célébrités comme Daniel Radcliffe ou le prince Harry. Alors qu’en Amérique du Sud, les journaux de rue, en noir et blanc, sont très politiques et engagés. Le journal Faktum qui paraît en Suède est imprimé sur un bon papier, il a un joli côté graphique. Bref, il existe mille et une façon de concevoir un journal de rue. L’équipe de Nový prostor veut faire du journalisme de qualité. Nous avons cet avantage de pouvoir nous intéresser à des sujets qui trouvent peu d’espace dans les autres médias et nos collaborateurs s’en réjouissent. Par exemple, nous avons consacré récemment une dizaine de pages au phénomène du noir, de l’obscurité. »

Nový prostor propose un autre regard sur l’actualité tchèque, des reportages sur la vie des personnes en marge de la société et sur les initiatives porteuses de solutions, ainsi que des interviews exclusives avec des personnalités très diverses :

« A la rédaction, nous avons une liste de personnalités connues que les vendeurs souhaitent rencontrer. Pour chaque numéro du magazine, nous réalisons une interview croisée. En général, ces rencontres ont une ambiance ouverte et décontractée. Récemment, un de nos vendeurs, Claudio, amputé d’une jambe, a réalisé un entretien avec le musicien Lou Fanánek Hagen qui a le même handicap. Ils ont eu un très bel échange. »

Les extraits de ces interviews sont à retrouver sur la page Facebook de Nový prostor. Et il est possible de feuilleter en ligne le magazine à l’adresse suivante : novyprostor.cz.