Le Grand Jeu sort de l'oubli

La parution de la traduction tchèque des poésies de Roger Gilbert-Lecomte a tiré de l'oubli l'existence, dans les années vingt du siècle dernier, d'un mouvement qui n'avait pas mérité d'être oublié. Ce lundi, une rencontre littéraire au café de l'Institut français de Prague a été consacrée à la lecture des extraits du recueil intitulé « La vie, l'amour, la mort, le vide et le vent » et aussi au contexte historique, littéraire et spirituel dans lequel cette poésie de Roger Gilbert-Lecomte avait été créée. On a évoqué le mouvement Le Grand Jeu dont Gilbert-Lecomte était une des personnalités les plus marquantes.

Le mouvement naît en 1922 lors d'une rencontre, au lycée de Reims, de quatre jeunes gens qui se regroupent autour du concept du Grand Jeu et qui, six ans plus tard à Paris, créeront une revue du même nom. Trois de ces quatre jeunes laisseront leur empreinte dans les lettres françaises du XXe siècle. Ils s'appellent René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte et Roger Vailland et ils attireront dans leur orbite d'autres grands noms des lettres et des arts dont Man Ray et Robert Desnos, ainsi que deux artistes tchèques, le peintre Josef Sima et le poète Richard Weiner. Le poète et réalisateur de cinéma Bertrand Schmitt explique les objectifs et les ambitions de leur mouvement :

« C'est un mouvement qui ne se voulait pas être un mouvement littéraire. D'amblée, l'aventure du Grand Jeu n'est pas une aventure littéraire ou artistique et ceci est indiqué bien clairement par les jeunes gens du Grand Jeu qui veulent que leur aventure soit avant tout une aventure de l'expérience. Dès le départ le Grand Jeu essaie d'éviter un malentendu. Ce n'est pas une aventure littéraire, ce n'est pas une aventure artistique. C'est une expérience d'individu à la recherche d'une connaissance et d'une vérité métaphysique. Les jeunes gens mettent au point un principe qu'ils appellent la métaphysique expérimentale dont le but est, à travers des expériences d'écriture, de création mais également d'expérimentation de drogue et d'expériences physique, d'essayer d'approcher une connaissance, une connaissance absolue de l'être : le but de la revue est d'exprimer cette collectivité, d'exprimer les recherches faites par cette collectivité. »

Quelle a été la part des artistes tchèques dans ce mouvement ?

« Les artistes tchèques sont surtout représentés par Josef Sima qui a été LE PEINTRE du Grand Jeu. Il y a eu d'autres personnes et d'autres artistes qui se sont exprimé par l'art dans le Grand Jeu ; je pense à Maurice Henry et à Artür Harfaux par exemple mais Sima reste bien entendu le grand créateur, le grand peintre du Grand Jeu. Avant Sima il y a eu cependant une personne qui est un peu oubliée dans l'histoire du mouvement, qui est Richard Weiner. Il est correspondant du journal Lidove noviny à Paris et il rencontre très vite, très très tôt, les membres du Grand Jeu ; Il rencontre Pierre Minet qui est venu à Paris, et c'est par l'intermédiaire de Pierre Minet qu'il rencontre Roger Vailland et qu'il va rencontrer Roger Daumal et puis Roger Gilbert-Lecomte. Il est très très proche d'eux pendant quelques années mais il ne va pas participer à la revue. Les raisons en sont assez complexes. Je pense que Weiner était une personne qui était attirée à la fois par l'activité collective mais aussi par une sorte de solitude. Ce qui fait que quand la revue est sur le point de se faire, il ne donne pas de textes bien qu'il doive les donner, et il ne participe pas à cette aventure. Il a repris certains souvenirs dans son livre « Jeu pour de vrai » paru en 1933. »

Si vous désirez apprendre plus sur ce chapitre peu connu de la pensée, des lettres et des arts du XXe siècles sont invités à l'écoute de la rubrique « Rencontre littéraire » que Radio Prague vous proposera ce samedi.