Le gouverneur de la banque centrale tchèque dit « oui, mais » à l’adoption de l’euro

La République tchèque est prête à adopter l’euro et le passage à la monnaie unique européenne ne constituerait pas un problème. C’est ce qu’a déclaré le gouverneur de la Banque nationale tchèque (ČNB), Jiří Rusnok, dans un entretien publié mercredi par l’agence de presse ČTK. S’il estime qu’adopter ou non l’euro est donc désormais une question davantage d’ordre politique qu’économique, le président de la banque centrale considère toutefois que réduire le gouffre qui sépare encore la République tchèque de la zone euro pour ce qui est du niveau des prix et des revenus, est une nécessité avant, éventuellement, de sauter le pas.

Jiří Rusnok, photo: ČTKJiří Rusnok, photo: ČTK En mai dernier déjà, Jiří Rusnok avait clairement répondu à la question qui lui avait été posée à la Télévision tchèque : oui, il voyait d’un bon œil la volonté du Premier ministre de lancer un débat sur l’adoption de l’euro dans le cadre de la campagne pour les élections législatives, qui se tiendront en octobre prochain. « C’est une chose dont devraient, même indirectement, décider les électeurs », avait alors expliqué Jiří Rusnok. Quelques jours avant cela, Bohuslav Sobotka, qui redoute la formation d’une Union européenne à deux vitesses (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/sans-euro-bohuslav-sobotka-redoute-que-la-tchequie-joue-les-seconds-roles), avait, lui, affirmé que la question n’était désormais plus de savoir si la République tchèque adopterait un jour l’euro, mais quand, et qu’il appartiendrait au prochain gouvernement de fixer une date pour l’adoption de la monnaie unique européenne.

Si le gouverneur n’est cette fois pas allé aussi loin dans ses déclarations que le chef du gouvernement, il a néanmoins confirmé que tous les feux étaient au vert pour une adoption de l’euro. Avec des prix stables et des finances publiques qui comptent parmi les plus saines de toute l’UE avec un endettement relativement faible, la République tchèque respecte d’ores et déjà les critères de convergence exigés pour pouvoir entrer dans l’Union économique et monétaire européenne. Mieux même, l’intégration de la République tchèque constituerait un renfort pour la zone euro en raison de ses rapports commerciaux étroits avec les pays membres, et notamment l’Allemagne voisine, et de la stabilité sur le long terme de son économie. Malgré tous ces arguments favorables, le ministre des Finances, Ivan Pilný, estime que le contexte actuel, essentiellement dans les pays du sud de l’Europe, ne plaide pas en faveur de l’adoption de la monnaie unique :

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková « Les déclarations du gouverneur ne me surprennent absolument pas, car cela fait déjà un certain que nous remplissons tous les critères, et ce certainement bien mieux qu’un certain nombre de pays qui sont déjà dans la zone euro. Ce n’est donc pas une nouveauté. D’un autre côté, regardez combien sont compliquées les négociations pour le Brexit. La situation n’est pas résolue non plus en Grèce ou en Italie. Outre le fait qu’il s’agisse d’une question politique, je pense que vouloir rejoindre la zone euro maintenant ne serait pas raisonnable. Dans tous les cas, c’est une décision que nous laisserons au prochain gouvernement. »

Ce discours des politiciens tchèques a déjà été entendu à maintes reprises. Laisser le soin au prochain gouvernement de décider de l’adoption de l’euro et de fixer une date-butoir est ce que s’est jusqu’à présent contenté de faire chacun des gouvernements en place depuis l’adhésion de la République tchèque à l’UE en 2004. Entre autres raisons parce que l’euro ne fait pas l’unanimité, pas davantage au sein de la population que de la classe politique. Le député européen Luděk Niedermayer, membre du parti libéral et pro-européen TOP 09, se range, lui, dans le camp des partisans d’une adoption :

Luděk Niedermayer, photo: Filip Jandourek, ČRoLuděk Niedermayer, photo: Filip Jandourek, ČRo « Je pense que c’est une voie qui permettrait de parvenir à l’augmentation des salaires évoquée par le gouverneur et les sceptiques. Une adoption rapide l’euro renforcerait la compétitivité de notre économie et accélérerait la croissance de celle-ci, soit deux éléments qui auraient pour conséquence une hausse des salaires. »

Le rapprochement du niveau des salaires entre la République tchèque et les pays de la zone euro est considéré comme une priorité par le gouverneur Jiří Rusnok. L’année dernière, le Premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka s’était lui aussi dit déçu par la lenteur du rapprochement économique entre les pays de l’ouest et de l’est de l’Europe, et plus concrètement par la faible augmentation des salaires et du niveau de vie. Economiste à l’Association bancaire tchèque (ČBA), Eva Zamrazilová abonde dans le sens des deux hommes :

« Il faut voir comment évoluera la situation durant les cinq prochaines années. Si le cours de la couronne se renforce d’environ 2% par an, soit une limite qui reste supportable pour les exportateurs, nous arriverons à un taux de change de quelque 23 couronnes pour un euro d’ici à cinq ans. Et si les salaires continuent d’augmenter à un rythme de 5% par an, comme cela est le cas actuellement, alors je pense que nous pourrons commencer à envisager d’adopter l’euro. »

Selon les données publiées en fin d’année dernière par l’Office tchèque des statistiques (ČSÚ) et Eurostat, le montant moyen du salaire annuel en République tchèque s’élevait à environ 13 170 euros en 2014, soit 37% de la moyenne des Vingt-huit.