Le discours de Noël du président Zeman sème à nouveau la controverse

Les traditionnels vœux de Noël du chef de l’Etat tchèque, Miloš Zeman, prononcés mardi, jour de la saint Etienne, depuis la résidence présidentielle de Lány, ont une fois de plus divisé la scène politique tchèque. Evoquant à la fois la croissance économique, la politique intérieure du pays ou la politique migratoire de l’UE, le discours du président Zeman, salué par le Premier ministre Andrej Babiš, les communistes et le parti d’extrême-droite SPD, a récolté de vives critiques de la part de certains partis de l’opposition, ainsi que de différents candidats à la présidentielle.

Miloš Zeman, photo: ČTKMiloš Zeman, photo: ČTK « La République tchèque est le sixième pays le plus sûr au monde. Nous sommes même meilleurs que la Suisse. Nous avons le taux de chômage et le taux de pauvreté les plus bas de l’UE. La croissance tchèque est parmi les plus élevéées et le taux d’endettement parmi les plus faibles. Nous n’avons pas de quoi nous plaindre, nous devrions être une nation fière et confiante en soi qui sait apprécier ses succès. »

Ouvrant son allocution sur une note positive, Miloš Zeman s’est félicité de la bonne forme de l’économie tchèque, tout en soulignant néanmoins que « chaque lumière a ses ombres ». Le président de la République a notamment regretté le faible niveau des investissements publics, ainsi que la faible valorisation des pensions de retraite.

Toujours selon le chef de l’Etat, la République tchèque a vécu cette année un vrai « séisme politique », avec l’échec des sociaux-démocrates et la large victoire du mouvement ANO de l’homme d’affaires Andrej Babiš lors des élections législatives d’octobre dernier. Peu importe les résultats, les partis ne devraient d’après Miloš Zeman pas tarder à commencer à discuter de la situation post-électorale. La déclaration de programme du gouvernement minoritaire d’Andrej Babiš représente pour le président de la République un bon point de départ pour ces négociations.

Bohuslav Sobotka, photo: Archives du gouvernementBohuslav Sobotka, photo: Archives du gouvernement Bien qu’Andrej Babiš n’arrive toujours pas à trouver un soutien suffisant auprès des partis représentés à la Chambre des députés, Miloš Zeman a nommé son gouvernement il y a deux semaines de cela. Le chef de l’Etat, connu pour ses différends avec l’ancien Premier ministre, le social-démocrate Bohuslav Sobotka, et son soutien à Andrej Babiš, a ensuite expliqué :

« Je recevais de ‘bons conseils’ me recommandant de ne pas nommer le gouvernement d’Andrej Babiš avant que celui-ci n’obtienne la confiance des députés. Mais en réalité, cela signifierait que le pays serait dirigé, pendant des semaines, voire même des mois durant, par le gouvernement de Bohuslav Sobotka en démission. Et personne ne souhaite cela. »

Estimant que le gouvernement réussira à obtenir la confiance dans les mois à venir, Miloš Zeman a également rejeté toute possibilité de l’organisation d’élections anticipées qu’il considère comme un « persiflage » à l’encontre de tous les citoyens qui se sont rendus aux urnes en octobre dernier.

Sur la politique étrangère, Miloš Zeman a de nouveau dénoncé le mécanisme de répartition d’accueil des migrants par quotas mis en place par Bruxelles. Pour le président, la République tchèque devrait être « un partenaire énergique et assuré » au sein de l’UE et de l’OTAN, « qui sait laisser voir son mécontentement ».

Saluée par le chef du gouvernement Andrej Babiš qui la considère comme « encourageante, amicale et constructive », l’allocution de Miloš Zeman a été appréciée également par le chef des communistes, Vojtěch Filip, ou encore le leader du parti anti-migrant et anti-islam SPD, Tomio Okamura, selon lequel elle reflète les priorités de sa formation.

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK Les propos du président n’ont toutefois pas fait l’unanimité. Pour le chef des Pirates, Ivan Bartoš, le discours de Noël ne devrait pas être un discours de campagne politique où on esquinte ses opposants. « Même pendant Noël, Miloš Zeman n’a pas manqué l’occasion de soutenir Andrej Babiš », a pour sa part remarqué le président du parti conservateur TOP 09, Jiří Pospíšil. Des reproches ont été adressées au chef de l’Etat également par les représentants du parti ODS, des chrétiens-démocrates et des Maires et indépendants (STAN), qui jugent, entre autres, que le discours n’a rien apporté de nouveau.

Les vœux du président, prononcés dix-sept jours avant la tenue du premier tour de l’élection présidentielle dans laquelle Miloš Zeman est candidat à sa réélection, ne sont pas passés inaperçus chez les autres candidats du scrutin qui les ont jugés, de même que de nombreux médias tchèques, comme un discours de précampagne électorale.

D’après l’ancien directeur de l’Académie des sciences Jiří Drahoš, en excluant la possibilité d’élections anticipées, Miloš Zeman a montré qu’il souhaitait « non pas un gouvernement fort et stable, mais un cabinet minoritaire, soutenu par des extrémistes ». De son côté, Michal Horáček dit lui aussi vouloir être un partenaire assuré au sein de l’UE. « Je crois toutefois qu’il faut faire cette politique à Bruxelles, à Paris ou à Berlin et pas à Moscou ou à Pékin », a ajouté le musicien et homme d’affaires en dénonçant l’orientation prorusse et prochinoise de Miloš Zeman. « Pas de surprise », a conclu l’ex-Premier ministre conservateur Mirek Topolánek, pour évaluer le dernier discours de Noël de Miloš Zeman avant la fin de son mandat.