Faits et événements Le 60e anniversaire du putsch communiste
Il y a tout juste 60 ans, le putsch communiste était opéré dans l’ancienne Tchécoslovaquie : la crise du cabinet d’alors a culminé par la démission de ses ministres démocratiques et ouvert la voie à la prise de pouvoir par les communistes pour une longue période de 40 ans.
Klement Gottwald
Le 25 février 1948, le président de la République Edvard Benes reçoit
au Château de Prague le premier ministre Klement Gottwald qui lui soumet
les lettres de démission de 12 ministres non communistes dans le cabinet
d’alors. Le président finit par signer. Voilà la fameuse phrase par
laquelle Klement Gottwald a annoncé sa victoire aux ouvriers rassemblés
à la place de la Vieille-Ville de Prague :
« Je rentre du château et je peux vous assurer que le président a accepté toutes mes propositions telles qu’elles étaient formulées… »
Les événements de février en Tchécoslovaquie sont qualifiés par les
politologues de renversement politique par lequel le parti communiste a
pris le pouvoir d’une manière qui, du point de vue formel, était en
accord avec la Constitution. Le parti communiste avait remporté les
élections de 1946 mais craignant un échec lors des élections de 1948, il
a alors cherché à dominer la situation : il monte une campagne de
propagande dans le but de nationaliser l’industrie tout en affermissant
ses positions dans les forces de sécurité. A cette fin, les comités
d’action et les milices populaires, en tant qu’élément armé de la
classe ouvrière, sont créés, mais leur caractère est illégal, souligne
l’historien Jiří Pernes :
« Ces organes n’avaient pas d’appui dans la législation et puisqu’ils empêchaient les personnes démocratiquement élues et nommées d’exercer leurs fonctions, on peut les considérer comme des organes créés dans le but de commettre un putsch. »
Février 1948
Une particularité du putsch communiste en Tchécoslovaquie est qu’il
était soutenu par une grande partie de la population, y compris les
intellectuels. Les étudiants ont été les seuls à s’y opposer,
rappelle l’historien Oldřich Tůma :
« Les étudiants des écoles supérieures pragoises ont été le seul groupe organisé qui a organisé deux manifestations, deux défilés à travers Prague, le premier le 23 février et le deuxième encore le 25 février, dans l’après-midi, au pied du château de Prague mais où la police les a arrêtés… Les étudiants faisaient face à une immense supériorité des partisans du PCT mobilisés depuis la veille et entrés en grève générale… Quant aux intellectuels, ils soutenaient, dans la majorité, les communistes, après 1945… »
Jan Masaryk
Les conséquences du putsch communiste du février 1948 furent tragiques :
241 personnes exécutées suites aux procès politiques, entre 8 000 et 10
000 morts dans des prisons, des camps de travaux, à la frontière lors des
tentatives de fuite… La dimension tragique est accentuée par le décès
du ministre des Affaires étrangères sans parti, Jan Masaryk, retrouvé le
10 mars sous les fenêtres de son appartement au palais Černín, siège du
ministère : le rapport officiel parlait du suicide, les dernières
connaissances le qualifient d’assassinat.
Le 25 février, appelé par les communistes comme la victoire des travailleurs sur la bourgeoise et la réaction, a marqué l’entrée de la Tchécoslovaquie parmi les satellites de Moscou. Oldřich Tůma le qualifie de catastrophe sans précédent dans l’histoire tchèque moderne :
« Février doit être perçu comme un événement qui a renversé l’évolution de la société tchèque qui depuis sa création, en 1918, se dirigeait vers le modèle d’un Etat ouest-européen standard, reposant sur la propriété privée, les droits civiques, la démocratie parlementaire. Tout cela a été remplacé par une expérience basée sur l’idéologie communiste. En ce sens, les conséquences du février ont été une catastrophe qui a duré des décennies et dont l’ombre touche d’une certaine manière encore la situation d’aujourd’hui… »







