Faits et événements L’attentat contre Heydrich au cœur du livre lauréat du Goncourt du premier roman
Mardi, le Prix Goncourt du premier roman a été attribué à HHhH, un roman de Laurent Binet, paru chez Grasset, dont le sujet est l’attentat contre le « Reichsprotektor » de Bohême-Moravie, Reinhard Heydrich, par deux parachustistes tchécoslovaques.
Laurent Binet
Reinhard Heydrich, ce n’était pas n’importe qui dans la hiérarchie
nazie : patron de la redoutable Gestapo, créateur des services de
renseignement, artisan en chef de la « Solution finale » il est placé à
la tête du protectorat la Bohême-Moravie. CV du parfait nazi, physique
qui correspond aux canons esthétiques du IIIe Reich, la « bête blonde »
s’efforce d’effacer la tache originelle de racines supposément
juives. Le titre énigmatique du livre, HHhH, est un acronyme inventé par
les SS de « Himmlers Hirn heisst Heydrich », soit « le cerveau de Himmler
s’appelle Heydrich ». Il en dit long sur le pouvoir et, donc, la
dangerosité du « bourreau de Prague ». C’est à ce personnage majeur de l’histoire de
la Seconde Guerre mondiale que s’est intéressé Laurent Binet, 37 ans,
professeur de français, mais aussi et surtout à Jozef Gabčík et Jan
Kubiš, les deux parachutistes tchécoslovaques envoyés en mission en 1942
pour l’assassiner.
C’est lors de son service militaire passé en Slovaquie que Laurent
Binet commence à s’intéresser à Heydrich. Il lui faudra des années et
une compilation quasi obsessionnelle de documents pour se lancer dans
l’écriture. Une écriture qui, dès le début, s’inscrit dans une
volonté prudente de ne pas romancer. Scrupuleux à l’extrême, Laurent
Binet s’interroge sur la manière même de raconter l’histoire, sur les
rapports entre fiction et réalité. Bien que présenté comme un roman,
son ouvrage s’apparente plus à un journal retraçant le processus
d’écriture, à un journal d’un roman en train de s’écrire devant
nos yeux. Cette immédiateté serait creuse si elle ne s’appuyait sur une
recherche honnête et en profondeur dans toutes les archives qu’il a pu
trouver. Et c'est là tout l'intérêt de cet ouvrage construit avec la
minutie de l'historien et la plume du romancier.
Ainsi prend forme son roman, qu’on serait tenté d’appeler essai, hommage aux « auteurs d'un des plus grands actes de résistance de l'histoire humaine, et sans conteste du plus haut fait de résistance de la Seconde Guerre mondiale ».
Jan Kubiš et Jozef Gabčík
Lancée de Londres, l’opération Anthropoïde devait prouver aux Alliés
l’implication des Tchèques et des Slovaques en exil dans la lutte contre
le nazisme. L’opération finit par réussir malgré la multitude
d’incidents qui l’émaille. Trahis par l’un des leurs, les deux
parachutistes connaissent un destin tragique. Heydrich meurt de septicémie
à l’hôpital, et les représailles seront terribles : ce sera entre
autres le massacre de Lidice, petit village près de Prague qui connaît le
même destin qu’Oradour-sur-Glane en France quelques années plus tard.









