L’Armée tchèque envoie ses soldats en Lettonie et en Lituanie

Une soixantaine de soldats tchèques s’envoleront ce jeudi pour la Lettonie dans le cadre du renforcement de la présence et de la défense collective de l’OTAN en Europe centrale et de l’Est. Face à la menace russe, et suite à une demande des gouvernements des pays baltes, l’Armée tchèque participera ainsi à la mission internationale de dissuasion et de stabilité dans la région, et ce conformément à ses engagements pris vis-à-vis de l’Alliance.

La ministre de la Défense Karla Šlechtová avec les soldats tchèques qui s'envoleront ce jeudi pour les pays baltes, photo: Luděk Peřina / ČTKLa ministre de la Défense Karla Šlechtová avec les soldats tchèques qui s'envoleront ce jeudi pour les pays baltes, photo: Luděk Peřina / ČTK C’est suite à un débat houleux que les députés ont adopté, début juin, le plan gouvernemental qui définit les missions à l'étranger auxquelles pourra participer l'Armée tchèque jusqu’en 2020. Si les discussions ont été tant animées, c’est notamment parce que le Parti communiste, qui s’est engagé à soutenir la possible coalition gouvernementale minoritaire composée du mouvement ANO et du Parti social-démocrate, était opposé à la participation tchèque à ces missions à l’étranger, et plus précisément à celle dans les pays baltes. Les communistes considèrent en effet que cette mission constitue une provocation vis-à-vis de la Russie. Une vision des choses qui n’est toutefois pas partagée par une large majorité des députés, puisque 140 des 170 qui étaient présents à la Chambre au moment du vote, se sont exprimés en faveur de la poursuite de l’engagement de l’Armée tchèque. Directeur du Centre des relations transatlantiques de l’Institut CEVRO et ancien ministre conservateur de la Défense, Alexandr Vondra estime que cet engagement tchèque dans la région est même une nécessité absolue :

Alexandr Vondra, photo: Barbora NěmcováAlexandr Vondra, photo: Barbora Němcová « L’Armée devrait participer prioritairement à la mission dans les pays baltes. Cela figure même dans l’article 5 du traité de l’OTAN. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les communistes sont opposés aux missions de l’Armée tchèque à l’étranger. La présence de soldats tchèques en Afghanistan, en Irak ou au Mali ne les dérange pas plus que ça, même si les dangers dans ces pays sont bien plus importants que dans les pays baltes. Ce qui les gêne en revanche, c’est la présence de l’OTAN dans le proche voisinage de la Russie, car celle-ci veut détruire l’OTAN, qui est pour nous comme pour tous les autres pays de la région une garantie de sécurité. Si la République tchèque ne participait pas à cette mission dans les pays baltes, ce serait pour nous le début de la fin. Notre présence là-bas est donc impérative. Nous nous devons en tant que membre de l’OTAN de répondre favorablement à la demande d’aide de ces pays. »

Outre l’envoi de cette première brigade mécanisée en Lettonie, des avions de chasse tchèques opéreront également dans le ciel de la Lituanie, le tout toujours dans le cadre d’une coopération internationale et de façon à répondre aux grandes manœuvres de la Russie dans la région. Selon Alexandr Vondra, le danger est en effet bien réel pour trois pays restés longtemps sous domination russe puis soviétique :

« Je ne pense pas que la Russie attaquera demain les pays baltes, mais ceux-ci se sentent menacés et ils ont des raisons légitimes de l’être. Des minorités russes relativement importantes vivent dans ces pays, déstabiliser la région ne serait donc pas un problème, et la Russie a montré avec la Crimée de quoi elle était capable quand on la laissait faire. Alors, d’accord, l’Ukraine n’est pas un pays membre de l’OTAN, mais quand la Russie a la possibilité de voler un territoire, elle le fait. »

L'exercice Saber Strike 2018 en Lituanie, photo: Kulbis Mindaugas / ČTKL'exercice Saber Strike 2018 en Lituanie, photo: Kulbis Mindaugas / ČTK L’Alliance atlantique renforce la défense des frontières orientales de l’Europe depuis désormais deux ans, comme cela avait été convenu lors du sommet de Varsovie, premier sommet du genre à s’être tenu dans la capitale d’un pays de l’ancien bloc soviétique. Cette réunion des vingt-huit Etats membres de l’OTAN, parmi lesquels donc la République tchèque, avait été aimantée par la Russie comme l’avait été, dans un climat alors de grande tension, le sommet précédent de 2014 après l’annexion de la Crimée.

Ce n’est pas la première fois que l’Armée tchèque opère dans les pays baltes. Elle y est même active depuis quelque temps déjà. L’année dernière encore, 112 de ses soldats avaient participé à une mission d’entraînement de trois mois. Ces manœuvres faisaient alors partie d’un projet commun aux quatre pays du groupe de Visegrád (République tchèque, Slovaquie, Pologne, Hongrie) et des pays baltes, ceux-ci redoutant l’expansionnisme de la Russie. Dans une zone située à proximité de la frontière avec la Biélorussie, les soldats tchèques et lituaniens s’étaient alors entraînés ensemble dans le cadre d’une mission appelée « Training Bridge 2017 ». Avant cela, l’Armée tchèque avait également participé à deux reprises, en 2009 et 2012, à la protection de l’espace aérien des pays baltes, une aide qui se poursuivra donc aussi dans un proche avenir, et ce n’en déplaise aux communistes, avec l’envoi de Gripen dans le cadre de la Baltic Air Policing puis d’une nouvelle brigade composée cette fois de 230 hommes début juillet.