Faits et événements L’absence de femmes fait du gouvernement tchèque une exception
La nouvelle coalition gouvernementale possède la particularité d'être composée uniquement d'hommes. Du coup, la République tchèque fait figure d’exception non seulement à l’échelle de l’UE mais aussi de l’Europe centrale.
Photo: CTK
Depuis la partition de la Tchécoslovaquie en 1993, il s’agit du
onzième
gouvernement tchèque et c’est seulement la deuxième fois qu’un tel
cas de figure apparaît. Alors qu’un nombre record de 44 femmes sur un
total de 200 députés siègeront à la Chambre basse du Parlement,
l’absence de femmes au gouvernement a de quoi
surprendre. Elle fâche également certains, comme par exemple Michaela
Appeltová,
vice-présidente de Forum 50 %, une association qui lutte contre la
représentation inégale des hommes et des femmes dans la vie publique à
tous les niveaux de compétence :
Michaela Appeltová
« Pour nous, il s’agit d’une carence essentielle de ce
gouvernement.
Il s’agit d’une violation du principe de démocratie représentative.
Les femmes représentent plus de 50 % de la population tchèque. 54 % des
diplômés tchèques de l’enseignement supérieur sont des femmes, ce
pays relativement petit possède plus de 1 000 femmes maires de communes,
et ainsi de suite. Je pense donc qu’il y a ici un nombre suffisamment
important de femmes tout à fait compétentes pour assurer les fonctions
de
ministre. Par ailleurs, les leaders des trois partis de la coalition
avaient déclaré, avant comme après les élections, qu’ils
souhaitaient
voir plus de femmes aux postes-clefs. Et on voit le résultat… »
Karolina Peake
Un Premier ministre, quatorze ministres, et quinze hommes donc pour aucune
femme. La seule femme à laquelle un portefeuille ministériel a été
proprosé est
Karolina Peake, une des trois vice-présidentes des Affaires publiques. Ce
nouveau parti, apparu sur la scène politique tchèque quelques mois avant
les élections législatives de mai dernier, avait pourtant fait de la
participation et de la présence des femmes un des thèmes forts de sa
campagne électorale. Pour autant, Karolina Peake estime que l’absence
de
femmes dans le gouvernement n’a rien de choquant ou dramatique. Elle
explique d’ailleurs pourquoi elle a finalement refusé d’être la
seule
femme au sein de ce cabinet :
« Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de gâché ou de raté. A l’intérieur de notre parti, nous, les femmes, entendons travailler à la Chambre des députés. Me concernant, c’est vrai, un poste ministériel m’a été proposé, mon parti voulait que je le représente au sein du gouvernement. C’est une offre dont j’ai pesé le pour et le contre, car j’ai deux petits enfants et je construis progressivement ma carrière politique depuis plusieurs années, notamment à la municipalité de Prague. Mais je n’ai pas envie de devenir une superstar politique, de me retrouver bombardée à la tête d’un ministère pour ensuite seulement régresser. »
Iveta Radičová, photo: CTK
Au moment de l’annonce de la composition du gouvernement et de la
répartition des différents ministères, fin juin, les leaders des trois
partis de la coalition ont affirmé regretter l’absence de femmes tout
en
précisant qu’il ne s’agissait selon eux que d’un malheureux
concours
de circonstances. Une explication qui n’a cependant pas convaincu tout
le
monde, et surtout pas Michaela Appeltová. En réaction, la
vice-présidente
de l’association Forum 50 % a rédigé une lettre ouverte aux députés
et au président de la République dans laquelle elle critique vivement le
résultat des négociations entre les partis de la majorité. Elle le
regrette d’autant plus que parallèlement, et pour la première fois,
une
femme, Iveta Radičová, a été nommée Premier ministre en Slovaquie
voisine. La Slovaquie serait même désormais une source d’inspiration,
selon Michaela Appeltová :
« Nous espérons qu’une femme d’un tel calibre apparaîtra bientôt chez nous aussi. La situation actuelle en Slovaquie est un exemple à suivre pour la République tchèque. Elle l’est d’autant plus qu’il n’en va pas seulement d’Iveta Radičová. Elle et une autre femme s’étaient déjà présentées aux élections présidentielles. En fait, en Slovaquie, un groupe de femmes est né forte du soutien important d’un grand nombre de femmes, mais aussi de beaucoup d’hommes. C’est précisément de cela dont aurait besoin la République tchèque : qu’un groupe de femmes se forme et s’appuie sur un soutien fort qui soit susceptible de concourir à leur nomination. »
En attendant qu’un tel groupe voit le jour, quatre femmes députées se sont entendues pour publier en 2011 un calendrier dans lequel figureront leurs photos, histoire de montrer que la politique tchèque sera plus sexy dans un proche avenir. Mais il n’est pas certain que les ministres en seront les premiers acheteurs.







