« La Vie est ailleurs » de Milan Kundera est publié pour la première fois en République tchèque

C’est un événement dans le petit monde de la littérature en République tchèque. Le roman de Milan Kundera « La vie est ailleurs » a été publié pour la première fois en République tchèque. Ecrit à fin des années 1960 et traduit en français en 1973, le livre, édité par Atlantis, est en vente dans les librairies du pays depuis mardi.

Milan Kundera, photo: ČT24Milan Kundera, photo: ČT24 La relation qu’entretient Milan Kundera avec son pays d’origine est compliquée. Emigré en France en 1975, l’auteur natif de Brno a obtenu la nationalité française en 1981 de François Mitterrand après s’être vu retirer la tchécoslovaque deux ans plus tôt. Depuis, Milan Kundera a abandonné l’usage du tchèque pour écrire dans la langue de son pays d’accueil. Et nombre de ses ouvrages n’ont encore jamais été traduits en tchèque, en raison du refus de l’auteur.

 « La Vie est ailleurs », pour lequel il a reçu le prix Médicis étranger en 1973, constitue cependant un cas à part. D’abord parce que le roman a été rédigé en tchèque. Mais aussi parce qu’il a déjà fait l’objet d’une publication en tchèque ; en 1979, par Sixty-Eight Publishers, une maison d’édition en exil à Toronto. Seulement, le livre dans sa version originale était particulièrement difficile à trouver. C’est la raison pour laquelle Milan Kundera a accepté qu’il fasse l’objet d’une nouvelle édition, de facto la première, en République tchèque. Rédacteur en chef du magazine et de la maison d’édition Host, Miroslav Balaštík connaît personnellement Milan Kundera. Il explique comment cette décision du célèbre écrivain peut être interprétée :

Photo: AtlantisPhoto: Atlantis « Je ne pense pas qu’il s’agisse là d’un message lancé aux lecteurs tchèques. Si Milan Kundera a longtemps hésité à publier ses livres en tchèque, c’est essentiellement parce que ses romans ont souvent été interprétés par la critique tchèque dans le contexte de la réalité historique dans laquelle ils s’inscrivaient. Or, Milan Kundera a toujours considéré la littérature comme une expérience philosophique qui s’oppose à une telle lecture. C’est la raison pour laquelle il a hésité à publier ses livres en tchèque, comme il avait déjà hésité pour ‘L’Insoutenable légèreté de l’être’. Pour ce qui est de ‘La Vie est ailleurs’, il ne voulait pas que le roman soit interprété comme une étude des années 1950. Mais aujourd’hui, Milan Kundera estime que le contexte a évolué en République tchèque et permet de publier ce livre sans que soit pris en considération le fait qu’il se rapporte à une période historique concrète. »

Même s’il ne s’exprime que très sporadiquement sur l’actualité tchèque depuis Paris et ne voyage que rarement en République tchèque, Milan Kundera ne reste pas insensible au débat le concernant dans les médias tchèques. C’est ce que confirme Miroslav Balaštík :

Miroslav Balaštík, photo: ČTMiroslav Balaštík, photo: ČT « Il suit cela très certainement. A ce que je sache, son projet est de publier les livres qui existent en tchèque, ce qui signifie qu’il reste encore ‘Le Livre du rire et de l’oubli’. En revanche, c’est une autre affaire pour les livres qui ont été écrits en français, autrement dit les romans qui ont été publiés à partir des années 1990, comme ‘La Lenteur’, ‘L’Identité’, ‘L’Ignorance’ ou ‘La Fête de l’insignifiance’. Ce sont là des livres dont il n’existe pas de version tchèque. Le problème est que Milan Kundera comme tout auteur possède sa propre écriture, sa propre diction et son propre rythme des phrases. Or, pour l’instant, Milan Kundera n’a pas le temps de traduire ces livres lui-même. Et il apparaît difficile de les faire traduire par quelqu’un d’autre, surtout quand on connaît ses exigences en la matière. Il considérerait alors qu’il s’agit du texte de quelqu’un d’autre. Milan Kundera réfléchit donc actuellement à la manière dont il pourrait rendre ces livres écrits en français accessibles aux lecteurs tchèques. »

Pour l’heure, l’essentiel de l’œuvre de Milan Kundera, aujourd’hui âgé de 87 ans, restera donc accessible dans une trentaine de langues, sauf en tchèque.