La scène nationale vue par Vaclav Havel

Lorsqu'en février 2003 s'est achevé le dernier mandat présidentiel de Vaclav Havel, nombreux sont ceux qui s'attendaient à ce qu'il reprenne ses habitudes d'intellectuel indépendant, en portant un regard ouvert et décapant sur la scène nationale. Assez longtemps, ils ont pu être déçus. Ce n'est que depuis récemment que l'auteur de « Quelques mots sur la parole » s'exprime plus largement. Samedi, il a accordé un long entretien au quotidien LN pour s'expliquer.

Vaclav Havel, photo: CTKVaclav Havel, photo: CTK « Depuis le printemps dernier, je ne lis plus les journaux », se confie l'ex-président tchèque, dont les observations prouvent pourtant qu'il suit de près l'actualité politique du pays. S'il refuse de s'exprimer - noblesse oblige - sur les opinions et méthodes de son successeur, Vaclav Klaus, il commente celles du Premier ministre, Jiri Paroubek, en mettant en relief son orientation proeuropéenne. Le fait que son cabinet soit ouvert, dans une certaine mesure, à des professionnels sans parti représente pour lui un autre trait sympathique. D'un autre côté, Vaclav Havel voit d'un oeil critique le côté technocrate du cabinet Paroubek. On rappellera une récente lettre adressée par Havel au Premier ministre, dénonçant l'extension envisagée de l'extraction du lignite dans le nord de la Bohême.

Parmi les risques pouvant menacer le système politique en République tchèque, Vaclav Havel mentionne le caractère trop refermé de celui-ci. Ce « fruit des seize dernières années », serait en rapport avec la privatisation et l'interpénétration des nouveaux pouvoirs économique et politique.

Et les dissidents, dans tout cela ? « Je vois une chose curieuse. Il me semble que les anciens dissidents redeviennent en quelque sorte dissidents. Ils quittent malgré eux la vie publique. Couverts de ridicule, c'est aussi leur résistance contre le régime qui est l'objet de risée », dit Vaclav Havel. Et d'ajouter qu'il s'agit là, peut-être, d'un signe augurant un changement politique assez radical... Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il formule une telle idée.

Havel affirme plus loin, sans vouloir être concret, que « l'impression que donne notre élite politique, de gauche ou de droite, à l'étranger, n'est pas forcément la meilleure. » Pour lui, c'est la manière de se comporter, de s'exprimer ou de présenter des opinions obscures qui est déplorable. A lui donc, dit-il, d'adoucir pendant les rencontres avec les grands de ce monde, ex ou présents, certains mauvais effets qui peuvent apparaître. Et en conclusion, fidèle à son goût de la transcendance, Vaclav Havel dit : « Les choses, l'univers et l'Homme, ne peuvent pas exister par elles-mêmes seulement... On ne saurait dire que tout n'est qu'un jeu de hasards. Il y a trop de hasards pour qu'il en soit ainsi ».