Faits et événements La première traduction de Céline a été tchèque
Il y a 75 ans, la première traduction du roman «Le Voyage au bout de la nuit» de Louis Ferdinand Céline paraissait en Tchécoslovaquie, provoquant une vive réaction dans les milieux culturels. C’est pour évoquer cette «entrée fracassante » de Céline dans le monde littéraire tchèque mais aussi pour rendre hommage à sa traductrice actuelle, Anna Kareninová, que l’Institut français de Prague et la «Revolver revue», dont le 70e numéro est consacré à cet écrivain, ont organisé, lundi, une soirée littéraire. Plusieurs personnalités mais aussi des documents filmés ont évoqué la vie et l’oeuvre de l’écrivain qui, longtemps après sa mort, ne cesse de provoquer, de diviser et d’inquiéter. Parmi les intervenants, il y avait aussi Alice Stašková, membre du bureau de la Société des études céliniennes, qui a résumé pour Radio Prague la réception de l’œuvre de Céline dans le milieu tchèque :
Céline «Il faut d’abord souligner qu’il s’agit d’une réception d’une
telle intensité qu’elle est vraiment comparable avec celle de son pays
d’origine, ce qui est, en comparaison par exemple avec l’Allemagne, une
affaire vraiment considérable. Dans l’entre-deux-guerres la réception
est particulièrement profonde et l’on voit même le fait que les avis
sur l’oeuvre et la vision du monde que donne Céline dans ses premier et
deuxième romans, divise jusqu’à la rédaction d’un même journal.
C’est un phénomène qu’on rencontre en France en même temps. Après
la Deuxième Guerre mondiale et 1948, l’oeuvre de Céline est
indésirable en Tchécoslovaquie comme d’ailleurs aussi en République
démocratique allemande. Ce n’est qu’après 1989 qu’on voit un
ressort de réception remarquable de l’œuvre célinienne due aux
traductions extraordinaires d’Anna Kareninová. On peut résumer donc que
l’oeuvre de Céline a eu de la chance en ce qui concerne les traducteurs
tchèques, dans l’entre-deux-guerres c’était l’un des meilleurs
traducteurs de l’époque, Jaroslav Zaorálek, et, après 1989, Anna
Kareninová.»
Quelles ont été donc les premières réactions tchèques à la parution du « Voyage au bout de la nuit », roman considéré souvent comme diabolique, infernal?
«Le premier qui a introduit ‘Le Voyage au bout de la nuit’ dans le
milieu tchèque était un écrivain d’origine juive, Richard Weiner, qui
était correspondant parisien du journal tchèque Lidové noviny. Il a
écrit à l’époque, lors de l’affaire Goncourt : ‘Il s’agit
d’une immense affaire de démolition’. Sa description ainsi que son
intuition pour l’immense grandeur littéraire de Céline ont été
vraiment à l’origine de la réception de Céline en Tchécoslovaquie.
(…) On peut très bien dire, ce qui est une chose assez particulière,
que c’étaient tout de suite des personnages de premier rang de la vie
culturelle qui se sont occupés de Céline. Comme c’était le cas aussi
en France, l’œuvre de Céline, sa vision du monde et son style ont
divisé le pays en deux camps politiques. Il a été assez bien accueilli
par la gauche, comme en France. Il a été très bien accueilli également
par le ‘prince’ de la critique tchèque, František Xaver Šalda.
Celui-ci lui a consacré une étude qui mérite d’être lue encore
aujourd’hui. Par contre, il y a eu une réaction plutôt ambiguë de
l’écrivain Karel Čapek, personnage dominant la scène culturelle
tchèque qui a pris une position, je dirais, d’un bien- pensant et du
sens commun. L’écrivain a recommandé à Céline, dans lequel il voyait
un philanthrope ayant honte de son amour pour les misérables, d’aller
voir un médecin des âmes humaines pour trouver une issue. Donc, les
réactions ont été très partagées, et pourtant aussi différenciées
qu’on puisse dire pour qu’elles soient intéressantes.»
Le roman ‘Le Voyage au bout de la nuit’ s’est-il heurté à la censure ? A-t-il été publié dans son intégralité ?
«Oui, en ce qui concerne ‘Le Voyage au bout de la nuit’. Le roman ‘Mort à crédit’ suivait l’édition de Denoël qui déjà était ‘étayée’, donc il y avait des blancs.»
Plus de détails sur la réception de Céline en Tchécoslovaquie et en République tchèque dans la rubrique Rencontres littéraires, le samedi 24 mai.







