La place Venceslas sera transformée

Cela fait des années que l’on en parle à Prague. Considérée comme indispensable par une majorité d’urbanistes et d’architectes, mais aussi par les Pragois eux-mêmes, la revitalisation de la place Venceslas a pris dernièrement des contours un peu plus concrets. Dans les cartons depuis douze ans, un projet de transformation de l’un des symboles de la capitale tchèque a obtenu les autorisations nécessaires à sa réalisation.

La place Venceslas, photo: Štěpánka BudkováLa place Venceslas, photo: Štěpánka Budková « Václavák ». Les Pragois n’appellent pas autrement cette longue avenue en faux plat de près de 700 mètres dominée en son haut par la statue de saint Venceslas et l’imposant bâtiment du Musée national. C’est là, à Václavské náměstí, que les Tchécoslovaques ont écrit ou réécrit quelques-unes des pages les plus marquantes, certaines plus glorieuses, d’autres moins, de leur histoire. C’est là que des centaines de milliers d’entre eux ont acclamé leur premier président Tomáš Garrigue Masaryk en 1918 ou se sont rassemblés lors des grandes manifestations au nom de la liberté qui ont abouti à la chute du régime communiste en 1989.

C’est là aussi, longtemps durant, avant encore l’apparition des téléphones portables, que Pragois et Pragoises avaient plus simplement l’habitude de se donner rendez-vous ; « Pod ocasem » était-il alors convenu, comprenez « Sous la queue » du cheval du saint patron de la nation. Point de passage quasi obligatoire pour tout touriste, qu’il soit venu jusque dans la capitale tchèque depuis l’autre bout du monde ou le fin fond de sa Moravie, la place Venceslas est à Prague ce que les Champs-Elysées sont à Paris. Mais « Václavák », avenue essentiellement commerçante, a aussi toujours été un lieu où la petite criminalité a fleuri. C’est là, avant la révolution, que s’échangeaient sous le manteau les marks ouest-allemands ou se trouvaient les produits de marques étrangères bien souvent introuvables ailleurs. C’est là qu’aujourd’hui, le soir venu notamment, petits dealers à l’arrache et bordels aux façades de cabarets font leurs affaires.

La visualisation de la reconstruction, photo: ČTKLa visualisation de la reconstruction, photo: ČTK La municipalité de Prague souhaite donc redonner un caractère plus accueillant à la place, un caractère plus proche de celui qui était le sien autrefois lorsque se promener dans le centre de la capitale était encore considéré comme un plaisir par les habitants de la capitale.

Plus d’arbres, des trottoirs élargis dans la partie basse de la place, piétonne déjà depuis 2012, et moins de voitures et de places de parking : voilà ce que prévoit le projet. Mais aussi deux grandes rampes qui permettront aux automobilistes d’accéder à des garages souterrains. Et sur ce point-là, l’historien de l’architecture Petr Kratochvil, de l’Institut de l’histoire de l’art de l’Académie des sciences, pas convaincu par l’idée, fait part de son scepticisme :

« C’est de la démagogie. Ces garages souterrains, ce n’est certainement pas mieux que d’avoir des voitures en surface. Les piétons peuvent passer entre les voitures stationnées, tandis que vous ne sautez pas par-dessus les barrières qui se trouvent autour de trous de cette taille. Et puis des voitures, vous en aurez toujours, puisqu’il va bien falloir qu’elles rentrent et qu’elles sortent du parking. Je pense qu’il aurait été préférable de trouver une autre solution pour satisfaire non seulement les besoins de stationnement des habitants du quartier, mais aussi les intérêts de l’investisseur ou de la municipalité. Des garages de ce type, vous en avez ailleurs et suffisamment dans les proches environs. »

La visualisation de la reconstruction, photo: ČTKLa visualisation de la reconstruction, photo: ČTK Autrement dit, selon Petr Kratochvil, ces garages souterrains seraient avant tout une affaire de gros sous. L’historien, qui, comme beaucoup de Pragois, affirme préférer éviter de passer par la place Venceslas, estime que la priorité se trouve ailleurs :

« Je pense que les gens se rendent dans les espaces publics d’abord parce qu’ils aiment regarder d’autres gens. Les autres, c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans un endroit comme une place publique. Même si vous lisez votre journal en étant attablé sur la terrasse d’un café, vous ne pouvez pas vous empêcher de regarder les passants. C’est un comportement naturel. Mais les gens ne fréquentent ces lieux publics que si l’offre de commerces est attrayante. Si à chaque coin de rue, vous avez un rabatteur pour des établissements disons peu recommandables, vous ne risquez pas de voir de familles se promener. Je pense qu’une revitalisation de la place Venceslas est une bonne chose. Aussi par ce qu’elle permettra peut-être d’attirer d’autres locataires, parce qu’actuellement, la moitié des immeubles sont inoccupés. Et cela ne contribue pas non plus à une bonne ambiance. »

Pour l’heure, le projet œuvre de Jakub Cigler ne prévoit que la revitalisation de la moitié basse de la place Venceslas, la partie haute restant donc accessible pour les automobilistes. Le début des travaux est espéré dès l’année prochaine.