La musique hébraïque, miroir du destin du peuple juif

Le romantisme hébraïque - tel a été le titre d’un concert donné, ce mercredi, sous les voûtes dorées de la Synagogue espagnole de Prague par deux jeunes musiciens français, Isabelle Durin (violon) et Michaël Ertzscheid (piano). Le public a eu l’occasion unique d’entendre des oeuvres qui ne sont pas assez connues en République tchèque et de se rendre compte combien la musique hébraïque est liée à l’histoire du peuple juif. Après le concert, Vaclav Richter a demandé à la jeune violoniste Isabelle Durin de présenter les oeuvres et les auteurs ayant figuré au programme de la soirée aussi aux auditeurs de Radio Prague.

«Il s’agit d’une anthologie des compositeurs issus de la tradition juive de l’Europe centrale et de l’Est. Ces pièces ont eu une certaine influence bénéfique sur moi. J’ai voulu surtout faire connaître certains compositeurs qui n’étaient pas connus en France dont George Perlman qui est un compositeur américain mais qui est né en Russie, comme Joseph Achron qui a été naturalisé aux Etats-Unis, des compositeurs comme le Genévois Ernest Bloch qui est plus connu, et aussi ‘La Liste de Schindler’ de John Williams d’après le film de Steven Spielberg. Et cette anthologie, nous en avons fait un CD, qui est du reste disponible en ce moment en République tchèque.»

C’est donc une musique où l’élément hébraïque joue en grand rôle. Que peut-on dire en général de cet élément hébraïque dans la musique ?

«Ce sont des pièces inspirées par des mélodies yiddish parce que c’était tout ce folklore, ces mélodies populaires que les compositeurs ont glanés, ont essayé de rassembler durant leurs voyages et leurs tournées. Ils ont prospecté et ont fait des cahiers de mélodies qui sont des mélodies d’enfance chantées par les mamans, des mélodies inspirées par la danse, des mélodies de mariage, des danses nuptiales du monde hassidique. Ils se sont inspirés du phénomène, du mouvement hassidique du XVIIIe siècle. Et cela été très riche comme inspiration. Voilà, ils ont voulu recréer cette atmosphère pour qu’on ne l’oublie pas.»

Que pouvez-vous dire de la musique de John Williams pour le film « La liste de Schindler?

«Cette musique m’a particulièrement touché. Elle est l’écho en quelque sorte du drame et du tragique de la vie du peuple juif. Elle est l’écho du massacre, mais John Williams n’utilise pas d’ostentation musicale, des fortissimo qui pourraient être à coté du sens. C’est tout en douceur. C’est cette part d’enfance, cette part d’innocence que le monde a perdu à cette époque. La cruauté l’a emporté sur l’innocence - même. C’est aussi le drame des enfants, le drame des mères qui quittent leurs enfants. C’est toute cette déchirure des familles. Et vraiment, John Williams suit point à point les plans de Steven Spielberg et cette musique qui est admirablement jouée par Itzak Perlmann et qui lui est aussi dédiée, ce n’est pas que l’illustration musicale mais vraiment un morceau à part entière.»