La démocratie et la justice au cœur de la présidence tchèque du Conseil de l’Europe

La République tchèque reprend ce vendredi la présidence du Comité des ministres du Conseil de l’Europe. Prague, qui succède à Chypre, sera à la tête de cette organisation chargée de veiller au respect des droits de l’homme durant six mois. La situation en Turquie et en Russie, mais aussi par exemple l’apprentissage des langues, seront les principales priorités pour la diplomatie tchèque.

La session du Comité des ministres du Conseil de l'Europe, photo: ČTKLa session du Comité des ministres du Conseil de l'Europe, photo: ČTK Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Lubomír Zaorálek, s’est rendu ce vendredi à Nicosie pour y participer à une session du Comité des ministres du Conseil de l’Europe rassemblant des représentants diplomatiques des 47 pays membres. A cette occasion, le chef de la diplomatie tchèque a pris officiellement la présidence de cette organisation qui est, selon lui, souvent faussement associée à l’Union européenne :

« Le Conseil de l’Europe est autre chose que le Conseil européen. Il a été créé en 1949, il regroupe 47 pays et n’a rien à voir avec l’Union européenne. Cette organisation est orientée vers la protection des droits de l’homme. Pour cela, elle a fondé la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Le thème des droits de l’homme est aujourd’hui très actuel. Le Conseil de l’Europe se préoccupe en ce moment de la situation en Turquie, du respect des droits de l’homme en Ukraine, mais aussi par exemple de plusieurs affaires complexes au Royaume-Uni. En effet, quand vous n’êtes pas d’accord avec un verdict rendu par la justice d’un pays membre, vous pouvez vous adresser justement à la Cour européenne des droits de l’homme. C’est la seule institution qui peut dire à un pays que la décision en question n’était pas juste et qu’il est nécessaire de la corriger. Bien sûr, il faut regarder si la décision de la Cour est ensuite respectée ou non. C’est ce qui est aujourd’hui très important. »

Evoquant l’affaire de ce Tchèque tué à Londres dont le meurtrier présumé avait été innocenté par la justice britannique, le ministre tchèque indique que le respect des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme représente une des priorités de la République tchèque pour cette présidence. Fin avril dernier, Lubomír Zaorálek a par ailleurs parlé des priorités pour les six mois à venir avec le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland :

« Nous nous préoccupons bien sûr notamment des thèmes actuels au sein du Conseil de l’Europe, comme la protection des droits des personnes, et notamment des personnes défavorisées et vulnérables ou bien la question de l’égalité hommes-femmes. Mais nous voulons aussi renforcer la question de l’Etat de droit et du respect de la démocratie, au niveau national comme au niveau régional, ce qui est un thème très important non seulement pour le Conseil de l’Europe, mais dans le monde entier. Enfin, nous voulons encourager et soutenir l’éducation du public dans le domaine des droits de l’homme et l’apprentissage des langues, qui sont des compétences très importantes pour pouvoir atteindre les objectifs de cette institution. Et puis, nous avons une priorité qui peut sembler banale mais qui est aussi essentielle : nous voulons maintenir le niveau de coopération avec d’autres organisations internationales car cette coopération est très importante pour le Conseil de l’Europe. »

A noter que la République tchèque, qui est membre du Conseil de l’Europe depuis 1991, fait elle-même régulièrement l’objet de critiques pour sa politique discriminatoire à l’égard de la minorité rom.

Lubomír Zaorálek, photo: MZV ČR, CC BY 2.0Lubomír Zaorálek, photo: MZV ČR, CC BY 2.0 La dernière présidence tchèque du Comité des ministres remonte à 22 ans, soit neuf ans avant l’entrée du pays dans l’UE en 2004. Pour Lubomír Zaorálek, il s’agit donc d’un grand honneur et d’un événement assez important :

« Je souhaite que nous arrivions à bien réussir cette présidence à cette époque où nous avons de gros dossiers à gérer, par exemple le fait que certains pays qui ont des difficultés à respecter les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Vous comprendrez donc que c’est très important pour moi et que je considère cette présidence comme prestigieuse. C’est une occasion pour la République tchèque de montrer qu’elle est susceptible d’aider à résoudre des problèmes difficiles en Europe et dans son voisinage. »

La République tchèque sera à la tête de l’organisation jusqu’au 15 novembre prochain, date à laquelle la présidence tournante sera officiellement remise au Danemark. Cette période sera également l’occasion de promouvoir la culture tchèque, à travers notamment une quinzaine d’expositions, différents concerts et d’autres événements qui auront lieu à Strasbourg.