La Chronique nationale : de grandes archives de petites histoires

La Révolution de velours en 1989 et l’invasion soviétique en 1968 à travers les yeux de différents témoins, l’histoire d’une école maternelle pendant la Seconde Guerre mondiale, le service militaire dans les années 1950, l’évolution des machines à écrire, ou encore les souvenirs qu’une Tchèque a conservées de ses études en France à la fin des années 1930 : tels sont quelques-uns des témoignages que l’on peut découvrir dans ce qui est appelée la Chronique nationale. Ce projet commun de l’association « Senzační senioři » (« Des seniors formidables ») de la Fondation de la Charte 77 et du Musée national à Prague se veut être de grandes archives des petites histoires qui forment la mémoire nationale et permettent de mieux comprendre les grands événements historiques.

Kateřina Sodomková, photo: archives de Kateřina SodomkováKateřina Sodomková, photo: archives de Kateřina Sodomková « La vie de chacun est marquée par des événements qui méritent d’être conservés pour l’avenir. Il peut s’agir de la naissance d’un enfant, d’un mariage, d’une fin d’études, de la construction d’une nouvelle maison, d’un succès professionnel, mais aussi d’une mort ou d’un événement malheureux… Il peut s’agir également d’un lieu mémorable, d’une personnalité ou d’une histoire oubliée, ou encore des transformations importantes d’un village et d’un paysage. » C’est en ces termes que les organisateurs présentent leur projet. Lancée en 2012, la Chronique nationale vise à conserver souvenirs et témoignages quotidiens qui, bien que pouvant sembler significatifs pour un petit groupe seulement de personnes ou une région spécifique, permettent de se faire une idée plus précise de différentes périodes marquantes du XXe siècle. Pour l’organisatrice du projet, Kateřina Sodomková, ce « complément à la grande histoire » doit permettre de transmettre des informations sur ces périodes encore relativement récentes aux générations futures :

« Nous collectons les souvenir de nos grands-mères, grands-pères, voisins ou amis… Ce qui nous intéresse, c’est cette mémoire vivante, ce que l’on ne trouve pas dans les livres d’histoire. Ce sont nos propres souvenirs, les souvenirs de mon père sur ce qui s’est passé dans les années 1960… La Chronique nationale est structurée en différentes catégories : vous pouvez chercher selon une période ou un thème précis, par exemple sur tout ce qui concerne le mariage ou la naissance des enfants… »

Photo illustrative: Public DomainPhoto illustrative: Public Domain Tous ceux qui le souhaitent peuvent se joindre au projet et publier leurs propres souvenirs ou ceux de leurs proches. Les témoignages recueillis, qu’il s’agisse de mémoires écrites, entretiens audio, vidéos, photos ou journaux intimes, sont mis en ligne à la disposition du grand public. Les versions originales des documents sont déposées aux archives du Musée national où elles servent notamment aux chercheurs et aux historiens. En cinq ans d’existence, la chronique a déjà permis de recueillir plus de 5 000 souvenirs. Kateřina Sodomková :

« Nous collaborons avec des étudiants d’écoles secondaires qui collectent ces souvenirs dans le cadre de différents projets lancés par leurs professeurs d’histoire. Chaque étudiant réalise par exemple un entretien avec son grand-père ou un voisin. Il s’agit souvent de très belles histoires qui méritent de figurer dans la Chronique nationale. Nous avons aussi des collaborateurs réguliers. Ce sont le plus souvent des membres de l’association ‘Les seniors formidables’. Ils décrivent l’histoire avec leurs propres mots. Ces témoignages sont très authentiques et très intéressants pour le lecteur. »

Le projet de la Chronique nationale est soutenu également par différentes personnalités, comme par exemple l’acteur Jan Kačer :

« Connaître notre histoire nous permet d’en tirer une leçon et de ne pas répéter des erreurs du passé. »

Jan Kačer, photo: David Sedlecký, CC BY-SA 4.0Jan Kačer, photo: David Sedlecký, CC BY-SA 4.0 « Commencez à rédiger vos mémoires », invite une exposition qui se tient actuellement sur la place Přemysl Ottokar II à České Budějovice. Son objectif est de faire découvrir la Chronique nationale au grand public et d’attirer de nouveaux collaborateurs. Présentée dans la capitale de la Bohême du Sud jusqu’au 9 août prochain, l’exposition sera ensuite déplacée sur la place Václav Havel, à côté du Théâtre national à Prague.

Pour d’éventuels collaborateurs, un nouveau centre sera ouvert, en automne prochain, à la villa Jan Werich située sur la presqu’île de Kampa à Prague. Les organisateurs de la Chronique nationale y proposeront par exemple différents ateliers d’écriture créative.

www.sensen.cz/narodni-kronika/