La candidature des monts Métallifères au patrimoine mondial de l’UNESCO, un projet tchéco-allemand

Après une première tentative infructueuse, la République tchèque et l’Allemagne déposent une nouvelle candidature pour l’inscription des monts Métallifères (Krušné hory) au patrimoine mondial de l’UNESCO. La demande d’inscription de cette région au patrimoine minier unique en son genre en Europe a été signée, lundi, à Dresde, par le ministre sortant de la Culture Daniel Herman et le ministre de l’Intérieur du Land de Saxe, Markus Ulbig.

Krupka, photo: Miloš TurekKrupka, photo: Miloš Turek L’idée d’ajouter les monts Métallifères, qui forment une frontière naturelle entre la République tchèque et la Saxe, à la liste du patrimoine mondial est née il y a vingt ans de cela en Allemagne. Le projet a pris des contours plus concrets en 2011 avec la mise sur pied d’une candidature conjointe du Land de Saxe et des régions tchèques d’Ústí nad Labem et de Karlovy Vary.

Le massif des monts Métallifères, qui doit son nom aux nombreux gisements de minerais disséminés dans son sous-sol, s’étend sur quelque 6 200 hectares situés des deux côtés de la frontière tchéco-allemande. Au total, dix-sept sites miniers en Allemagne et cinq autres en République tchèque pourraient ainsi être classés. Du côté tchèque, il s’agit par exemple des communes de Cínovec, Boží Dar, Jáchymov ou Hora Svaté Kateřiny. La petite ville de Krupka est également concernée par le projet. On écoute son conseiller municipal Rostislav Kadlec :

« Chez nous, ce sont les monuments les plus précieux liés à l’histoire minière de la région qui aspirent à être inscrits à l’UNESCO. Plus concrètement, il s’agit de la Galerie Saint-Martin, du château-fort et du centre historique de Krupka. »

La République tchèque possède actuellement douze sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO contre près de quarante en Allemagne. Mais ajouter de nouveaux monuments sur la liste est une tâche complexe et de longue haleine.

Krušné hory, photo: ČTKKrušné hory, photo: ČTK La première demande d’inscription des monts Métallifères a été retirée par les deux pays en 2014 suite à la critique formulée par les commissaires de l’UNESCO à l’égard du dossier allemand. Dita Limová, du ministère de la Culture tchèque, explique :

« Nous avons été contraints de retravailler cette première candidature, car les experts de l’UNESCO demandaient plus de précisions sur le sujet. Nous avons donc œuvré dans ce sens deux dernières années et c’est avec beaucoup d’espoir que nous soumettons de nouveau le dossier à l’UNESCO via nos collègues allemands qui gèrent le projet. »

Pratiquement inhabités au Moyen âge et recouverts de forêts impénétrables, les monts Métallifères ont été peuplés par des mineurs et des commerçants à partir du XVe siècle. Leur histoire est marquée par l'exploitation de nombreux gisements d’argent, d’étain, de cobalt, de nickel, de mercure, de fer et d’uranium. Pour Petr Mikšíček, grand connaisseur de la région, celle-ci offre trois images différentes :

La mine à Jáchymov, photo: Miloš TurekLa mine à Jáchymov, photo: Miloš Turek « Les amateurs de forêts d'épicéas riches en champignons et qui sont aussi attirés par les traditions populaires devraient se rendre dans la partie occidentale des Monts Métallifères située non loin de la station thermale de Karlovy Vary. Ceux qui aiment les longues balades dans la nature multicolore offrant des vues splendides sur la région parsemée de monuments historiques miniers se régaleront dans les environs de la ville d'Ústí Nad Labem. La partie saxonne des Monts Métallifères satisfera les admirateurs de paysages soigneusement cultivés par des générations d'habitants locaux. Ils pourront s'y faire une idée du caractère de la partie tchèque de ces monts avant l'expulsion des Allemandes des Sudètes. La tradition, les maisons anciennes, l'architecture, la culture d'origine y ont été maintenues. »

Avant la Deuxième Guerre mondiale, 99% de la population des monts Métallifères était allemande. Après la Libération, très peu d’Allemands de la région ont échappé à l’expulsion, parmi eux les spécialistes en métallurgie et en sylviculture. Petr Mikšíček :

Krušné hory, photo: Miloš TurekKrušné hory, photo: Miloš Turek « Ces événements ont laissé des traces indélébiles sur le visage de la région. Avant 1945, les monts Métallifères comptaient parmi les monts les plus peuplés d'Europe. Leurs habitants ont toutefois été contraints de partir. Les villages déserts commençaient à tomber en ruines. Près d'une quarantaine de villes des Monts Métallifères ont disparu. La communauté de montagnards a été réduite à moins de 30%. L'industrie traditionnelle de la dentelle, les manufactures de gants et de jouets, tout cela a disparu. Aujourd'hui, des arbres sains poussent de nouveau à la place des forêts polluées. Les gens, les investissements sont de retour dans les Monts métallifères qui sont devenus une destination recherchée des touristes. »

La candidature des monts Métallifères, région qui mérite d’être visitée, devrait être examinée par le Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO lors de sa session de 2019.