Faits et événements Katka : le destin d’une toxicomane vu par la caméra pudique d’Helena Třeštíková
La grande dame du documentaire tchèque Helena Třeštíková sort un nouvel opus. Après Marcela et René, son nouveau documentaire Katka, portrait d’une jeune femme paumée et toxicomane, est le troisième volet d’un cycle consacré aux personnes en marge de la société. Le documentaire sort ce jeudi dans les salles.
Katka, photo: CTK
A une époque où le spectateur a tendance à zapper, où les équipes de
tournage sont mises sous pression et peuvent passer d’un sujet à
l’autre sans aller au-delà, un documentaire qui s’attache à suivre
une personne pendant quinze ans fait figure d’OVNI. Pourtant l’œuvre
documentaire de Helena Třeštíková est ainsi faite : qu’il s’agisse
de ses cycles sur des couples filmés sous le communisme puis dix-sept ans
après ou de Katka, Helena Třeštíková mise sur la durée pour
comprendre tous les enjeux humains et sociologiques des sujets qu’elle
aborde. Une persévérance et une profondeur de réflexion, malgré
l’incertitude que cela sous-tend, qui lui ont d’ailleurs valu de
remporter, en 2008, le Prix Arte du meilleur documentaire pour son film
sur
le délinquant René.
Avec son nouveau film Katka, Helena Třeštíková propose le portrait sur quinze ans d’une jeune femme qui se perd dans la drogue. Lorsqu’en 2007, Helena Třeštíková retrouve Katka pour la énième fois, c’est le choc :
Katka et Helena Třeštíková, photo: CTK
« A l’époque, elle-même nous a dit qu’elle aurait besoin de
quelque
chose pour lui donner un coup de pied, une motivation pour se reprendre en
main. Donc on s’est mises d’accord sur le premier jour de tournage. Ce
jour-là, Katka m’a dit qu’elle soupçonnait qu’elle était
enceinte.
Ca nous a fait un coup. On ne s’en doutait pas et d’un coup,
l’histoire a été colorée par un thème très fort. C’était très
clair. »
'Katka'
Un retournement très « cinématographique » qui en fait le pivot du
documentaire de Helena Třeštíková. Si l’on suit Katka depuis son
adolescence dans sa longue descente dans l’enfer de la drogue, en
passant
par la prostitution, c’est sur sa période « adulte » que se concentre
ensuite la réalisatrice. La galère, les squats, les tentatives de
décrocher, sa relation avec un homme toxicomane comme elle, et puis,
cette
grossesse qui d’abord se dessine comme l’espoir éventuel mais
vacillant d’un changement de vie pour tous les deux. Un changement que
l’équipe de tournage tente parfois d’accompagner :
« Nous avons essayé de l’aider dans l’organisation de certaines choses comme les soins médicaux. Nous avons appris qu’il existait à l’hôpital Motol, à Prague, un médecin spécialisé dans les grossesses des femmes dépendantes. Nous l’avons contacté. Un des gros problèmes des toxicomanes est de venir à temps aux rendez-vous par exemple. Nous avons essayé de l’aider et nous espérions tous que l’histoire évolue différemment que ce qu’il en a été finalement. »
'Katka'
Aujourd’hui, Katka vivote en effet toujours de squat en squat tandis que
son homme est derrière les barreaux. Ils n’ont plus la garde de leur
petite fille, Tereza. En dépit du fait que dans ce documentaire Helena
Třeštíková se soit impliquée d’une certaine façon dans la vie de
Katka, la réalisatrice s’efforce de rmaintenir une certaine distance
avec les personnes qu’elle suit avec sa caméra, sans jugement :
'Katka'
« Je suis une observatrice, je me suis toujours considérée comme
telle.
Je n’oserais jamais me poser dans le rôle du juge. Dans ce film, il y a
une scène où j’essaye de secouer un peu Katka. Cette scène vient du
fait qu’après le premier montage, on a trouvé que j’étais trop
passive. Certains collaborateurs me demandaient comment je pouvais rester
sans rien dire. Je leur ai dit q’au contraire j’étais souvent
intervenue, c’est pourquoi on a rajouté cette scène. J’aimerais que
ce film amorce pour les spectateurs le début d’une réflexion, et, que
pour les jeunes, ce soit l’occasion de réfléchir aux conséquences de
la drogue. »
Helena Třeštíková et son équipe espèrent qu’à l’avenir le film pourra être présenté dans les écoles de République tchèque.









