Faits et événements Karlovy Vary, la « Petite Russie » de République tchèque
Le célèbre festival du film de Karlovy Vary débute ce vendredi, l’occasion de jeter un œil sur cette ville thermale réputée, mais sous un autre angle que celui du cinéma. En effet, Karlovy Vary a une particularité, elle est la ville préférée des Russes depuis plusieurs siècles. Après les séjours du tsar Pierre le Grand, au début du XVIIIe siècle, l’afflux de cette population est devenu très important, beaucoup d’entre eux allant même jusqu’à s’y installer. Aujourd’hui les Tchèques eux-mêmes appellent Karlovy Vary la « petite Russie ».
Karlovy Vary
La plus grande et la plus connue des villes thermales en République
tchèque, Karlovy Vary se situe à l’ouest de la Bohême, à environ 120
km de Prague. Construite dans la deuxième moitié du XIVe siècle par
Charles IV, Karlovy Vary, destination privilégiée du milieu
aristocratique tchèque et étranger, est devenue populaire également
pour
les touristes russes. La période soviétique n’a pas entamé cette
affection séculaire. L’histoire de la migration russe nous est
racontée
par Tatiana Koursenko, guide à Karlovy Vary :
« L’époque de la révolution russe et de la Première Guerre mondiale, fut celle de la première vague d’immigration. Cette vague était soutenue par le président Masaryk, il a par exemple favorisé la création d’universités russes en Tchécoslovaquie. Tout cela s’est arrêté suite à la disparition de Masaryk. La vague suivante de l’immigration russe a commencé en 1985 puis a continué après la chute de l’Union soviétique, au début des années 1990. »
Pourtant, selon Arseni, de l’agence de tourisme « O.K. tour group », dire que Karlovy Vary est majoritairement peuplée de Russes serait erroné :
« En fait, il y a très peu de Russes ici. Selon les données
officielles, la population russe à Karlovy Vary est de 6 000 habitants.
Une information faussée, car on considère comme ‘russe’ pour toutes
les personnes qui parlent russe, à savoir les Moldaves, les Ukrainiens,
les Biélorusses, les Kirghizes, les Kazakh et tous les peuples qui ont
fait partie de l’Union soviétique. Etant donné que l’URSS était une
grande puissance, tous ses ressortissants parlaient russe et continuent à
le parler. Les Russes investissent juste leur argent, car Karlovy Vary est
une belle ville. Rien d’autre ne les retient ici. Il n’y a pas
beaucoup
de travail et le travail qu’il y a, est mal payé. J’ai fait moi-même
les comptes, et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il y avait 300
à
400 Russes qui sont vraiment russes, pour les 53 900 habitants que compte
la ville. »
De nos jours Karlovy Vary est une ville très touristique, mais les touristes russes y sont majoritaires. Entendre l’anglais, l’allemand ou l’espagnol et même le tchèque devient presque rare, comme nous le raconte Radik, serveur dans un café du centre-ville :
« Je travaille à Karlovy Vary depuis 1996, dans ces années-là,
beaucoup de Russes se sont installés ici. Certains d’entre eux
achetaient des hôtels, des cafés. Ils nous ont apporté le travail.
Regardez la belle ville dans laquelle on vit, s’il n’y avait pas les
Russes, la ville n’aurait pas été aussi belle. Ils ont apporté de
l’argent avec eux. En ce qui concerne les touristes, 85% sont des
Russes,
et les 15% qui restent sont des Allemands, des Grecs, des Espagnols ou des
Chinois. »
D’après la guide Tatiana Koursenko, les entrepreneurs russes ont fait de la ville une sorte de paradis pour les riches, les villas, les hôtels et les magasins qu’ils ont construits étant trop cher pour la population locale :
« Si l’on remonte un peu plus cette rue, on y verra de belles
villas
qui sont pratiquement toutes devenues des hôtels. Certaines
d’entre-elles abritent aussi des appartements à vendre, comme
l’indiquent des inscriptions en russe. Mais ces appartements sont hors
de
prix, les Tchèques n’y vivent pas. »
Certains propriétaires d’appartements ne reviennent à Karlovy Vary que pour les vacances, ce qui peut faire naître le mécontentement de la population locale, car la ville risque de se vider. Andrej Jadevich, manager du site internet « Property-info » nous parle de cette tendance un peu particulière :
« Cette tendance se répand dans toute la République tchèque, que
ce
soit à Karlovy Vary ou à Prague. Les gens achètent des appartements et
n’y vivent pas, pas tous bien évidement, mais un tiers c’est sûr. A
Prague les Tchèques font la même chose, 30% des appartements achetés
sont, soit loués, soit restent vides. »
Aujourd’hui les familles moyennes s’achètent des maisons, des appartements, les familles riches possèdent des magasins, des hôtels. La vie dans cette ville est devenue chère, mais est-ce que c’est la seule raison qui fait fuir les Tchèques ? A cette question nous répond Andrej Jadevich.
« La ville se vide de sa population car à Karlovy Vary il n’y a
pas de
travail. Le travail dans les hôtels et restaurants que leur procurent les
Russes est mal payé. C’est surtout pour ces raisons que les Tchèques
partent, et pas parce que les Russes rachètent les appartements, et
qu’ils en ont fait une ville très chère. Par exemple à Teplice, les
prix des appartements sont vraiment très bas, mais les Tchèques ne les
achètent pas non plus, et la ville se vide également parce qu’il n’y
a pas de travail. »
Aujourd’hui la présence des Russes à Karlovy Vary n’est plus autant évoquée en République tchèque qu’il y a trois ans par exemple. La communauté a fini par faire partie du paysage. Et même si encore certains Tchèques accusent les Russes d’être venus avec des armes, d’autres les remercient d’y avoir amené l’argent.






