Journée Mondiale du théâtre en République tchèque

Chaque année, le 27 mars, une centaine de pays fête la Journée Mondiale du théâtre. En République tchèque, pas de célébrations grandioses et de manifestations exceptionnelles, mais plutôt une réflexion sur le futur des arts de la scène et sur les problèmes qu'affrontent les théâtres du pays. Magdalena Segertova.

Il est devenu une tradition de lire, ce jour-là, dans les théâtres du monde entier, un Message International. Cette année, c'est l'acteur, dramaturge et metteur en scène indien, Girish Karnad, qui l'a adressé aux spectateurs et gens de théâtre des cinq continents, y compris le public tchèque. Mais, pour que le théâtre s'ouvre plus aux Tchèques, pour qu'ils prennent cette Journée mondiale du théâtre vraiment pour la leur, il faut faire beaucoup plus d'efforts. D'où l'idée de transformer, à partir l'année prochaine, cette Journée du Théâtre en République tchèque en une Journée de billets de théâtre gratuits.

A l'occasion de la fête du théâtre, le quotidien Mlada fronta Dnes a interrogé les chefs de plusieurs scènes pragoises. On leur a posé une question toute simple : Que souhaiteriez-vous à votre théâtre ? Des spectateurs enthousiastes, des comédiens créatifs et, bien sûr, pas de soucis financiers, ont-ils décrit la situation idéale. "Avec ses 1100 places, notre théâtre est le plus grand du pays. Quand je vois ces longues files d'attente qui se forment à la caisse, cela me réchauffe le coeur. Pourvu que cela dure.", dit Ladislav Zupanic, directeur du Théâtre musical de Karlin. Eva Merickova, à la tête du théâtre de Dejvice, une scène conviviale, dont l'étoile ne cesse de monter, met l'accent sur les relations humaines : on ne peut pas faire un bon théâtre dans une atmosphère de rivalité et de haine, pense-t-elle. Jiri Srstka, directeur de la première scène tchèque, le Théâtre national, lui, songe à la liberté : "Je souhaiterais que le Théâtre national soit plus indépendant de l'Etat, qu'il devienne une institution publique, comme les écoles supérieures, par exemple", répond-il au quotidien. Les théâtres privés, quant à eux, rêvent du renforcement de leur statut, aux niveaux juridique et économique. Autrement dit, d'avoir les mêmes chances que leurs rivaux, protégés par l'Etat. Enfin, la conclusion d'Ondrej Hrab, chef de la scène expérimentale, Archa :

"La création artistique en tant que telle, la rencontre quotidienne de l'artiste avec le spectateur, tout cela est exceptionnel. De ce point de vue, le théâtre célèbre sa fête tous les jours."

Dans les théâtres pragois, on peut croiser aussi de nombreux étrangers. D'un côté les touristes, ne parlant pas le tchèque et attirés plutôt par la danse et l'opéra, de l'autre côté ceux, pour qui la langue étrangère n'est plus un obstacle. Laurence Stupkova, une Française, installée depuis plusieurs années à Prague, se range parmi eux...

"J'aime bien les petits théâtres pragois, comme par exemple Cinoherni klub, où les troupes sont excellentes et proches des spectateurs. Plus je reste ici, plus je comprends. Au début, c'était un peu compliqué, je lisais les pièces en français avant d'aller les voir en tchèque. A ce moment-là, j'arrivais bien à suivre."