Journée internationale de la mémoire de l’Holocauste : des enfants italiens racontent le sort de la claveciniste Zuzana Růžičková

A l’occasion de la Journée internationale de la mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité, ce 27 janvier, un remarquable projet éducatif a vu le jour à Lomagna, petite commune italienne au nord de Milan. Deux années de travail intense – manuel et intellectuel – effectué par des enfants âgés de dix ans, ont débouché sur un court-métrage, une exposition, mais avant tout sur un bagage de connaissances et de savoir-faire considérables que ces enfants garderont toute leur vie. Ce projet met en scène le sort dramatique de la grande claveciniste tchèque Zuzana Růžičková.

Zuzana Růžičková, photo: Archives de Radio PragueZuzana Růžičková, photo: Archives de Radio Prague « La première dame du clavecin » – c’est ainsi qu’est surnommée Zuzana Růžičková, musicienne reconnue qui a fêté tout récemment ses 87 ans. Avant de suivre de brillantes études à Prague et à Paris, avant de remporter de nombreux concours internationaux et avant de devenir une artiste de renommée mondiale, Zuzana Růžičková a passé plusieurs années de sa vie, durant la Deuxième Guerre mondiale, dans les camps de de Terezín, en Bohême centrale, et d’Auschwitz-Birkenau. Enfant, elle y a fait une rencontre déterminante, celle d’Alfred Hirsch, un grand sportif et pédagogue en charge des enfants dans les camps. Sioniste, ce Juif allemand originaire d’Aix-la-Chappelle meurt à Auschwitz en 1944. Malgré sa conscience de la réalité de l’époque, Alfred Hirsch s’est consacré corps et âme aux enfants en leur transmettant, en dépit des conditions épouvantables, l’éducation, l’assiduité et sa joie de vivre.

Le marionnettiste et chercheur français Albert Bagno, installé depuis de nombreuses années en Italie, est à l’origine du projet intitulé « Segni di speranza » (Signes d’espoir), un projet qui réunit deux classes de CM2 autour de la mise en scène de cette histoire bouleversante, histoire d'une petite fille et d'un enseignant, qu'il avait choisie comme particulièrement susceptible de toucher et d'intéresser les enfants. Albert Bagno nous explique pourquoi la mémoire est cruciale dans l’éducation des jeunes générations :

« Notre intention était de leur faire bien comprendre que ce qui est arrivé aux enfants juifs pouvait arriver à quiconque. Et les enfants l’ont très bien compris. Par exemple, les enfants albanais ou du Kosovo, qui sont venus en Italie à cause de la crise économique et de la guerre. Ils ont très bien compris qu’il y avait un lien entre eux et les enfants de l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. »

Photo: Albert BagnoPhoto: Albert Bagno Après avoir étudié en détail l’histoire de l’Europe dans la première moitié du XXe siècle, les enfants ont fabriqué des marionnettes, construit des décors et préparé la mise-en-scène. Un court-métrage est né. Précisions d’Albert Bagno :

« Le film s’ouvre sur madame Růžičková qui joue un concert avec un orchestre. Elle s’endort et part vers Terezín. Elle raconte ce qui lui est arrivé dès 1941, ce qu’a été pour elle ce professeur de sport. Madame Růžičková nous a dit que si elle a aussi bien appris la musique, c’est parce qu’elle a appris ce que le sport pouvait nous apporter : l’éducation, le respect, le rythme, la rigueur… Madame Růžičková est une personne très rigoureuse et elle m’a dit que c’est grâce à ça qu’elle a pu être ce qu’elle est devenue après la guerre. »

Outre le film, qui s’apprête à être présenté dans différents festivals de cinéma et de théâtre européens, une exposition sur la réalisation du court-métrage a été organisée. Albert Bagno développe :

« Les enfants ont réalisé notamment une image très belle : ils ont imaginé que les enfants morts dans les fours crématoires d’Auschwitz et d’ailleurs étaient devenus des papillons en sortant des cheminées. Et que le ciel était plein de papillons. Ce qui est très étrange, c’est que les enfants italiens sont arrivés à la même image que celle d’autres enfants dans d’autres projets dans le monde, mais ce qui l’est plus encore, c’est le fait que les enfants qui ont été déportés à Terezín ont eux aussi beaucoup raconté les papillons. »

Et pourquoi avoir intitulé ce projet ‘Signes d’espérance’ ?

Fredy Hirsch, photo: CTFredy Hirsch, photo: CT « C’est tout simple. Quand on rencontre un personnage comme Fredy Hirsch et quand on voit la vie d’une petite fille devenue une grande dame de la musique, alors tous les malheurs de la vie peuvent malgré tout être analysés positivement. Et donc, ce sont des signes d’espoir. »