Faits et événements Jiří Kylián, chorégraphe inclassable, à l’honneur en France
Jiří Kylián est le chorégraphe tchèque le plus connu, hors des frontières de son pays d’origine. Paris et Montpellier rendent hommage en ce début d’été à l’ancien directeur artisitique du célèbre Nederlands Dans Theater. L’occasion de revenir sur le parcours de cette personnalité incontournable de la danse contemporaine.
Jiří Kylián, photo: www.realias.cz
C’est d’abord le cirque et l’acrobatie qui séduisent Jiří Kylián
tout petit. Mais à neuf ans, il intègre le ballet du Théâtre national
de Prague, étape qui marque le début d’une carrière entièrement
dédiée à la danse. D’abord danseur interprète, Jiří Kylián est
aujourd’hui connu et reconnu comme chorégraphe. Après une bourse à la
Royal School of Ballet de Londres, il rejoint le Ballet de Stuttgart en
1968 et travaille sous la direction de John Cranko qui le mène à la
chorégraphie.
Mais c’est par le Nederlands Dans Theater, dont il devient directeur artistique en 1976, que Jiří Kylián se fait un nom. Créateur de plus d’une centaine de ballets, le travail de Kylián a progressivement évolué vers l’abstration dans les années 1980. La compagnie implantée à La Hague prend ses lettres de noblesse sous sa direction, notamment grâce à des projets tels qu’une troupe pour les danseurs de 40 ans et plus. Jiří Kylián évoque le NDT 3, malheureusement aujourd’hui disparu pour des raisons financières.
« Le pire, c’est quand vous travaillez avec un danseur pendant 20
ans,
vous vous influencez mutuellement pendant tout ce temps. Un jour il a 40
ans, c’est un artiste mûr, mais il n’a plus la capacité de faire ce
que vous lui demandez. C’est terrible. Je l’ai vécu plusieurs fois
dans ma carrière de chorégraphe. J’ai dû dire à des danseurs âgés
:
je t’aime beaucoup, mais ça ne va plus. Ce sont les pires moments
d’un
directeur de ballet. C’est pourquoi j’ai créé le NDT3 où j’ai
utilisé les qualités individuelles, charismatiques de telle façon que
sur scène on pouvait voir des personnes de 50, 60 ans qui ont des choses
totalement différentes à dire que quelqu’un de 20 ans. »
Cette ouverture est typique du travail de Jiří Kylián, qui a formé des générations de danseurs :
Photo: Jacques Moatt
« Je pense que le plus important, c’est que le danseur possède
une
identité propre. C’est l’alpha et l’oméga. Certains sont plus
musicaux, d’autres plus élancés, d’autres plus beaux. La musicalité
est évidemment très importante, mais surtout l’ouverture. Il faut
qu’il soit capable d’accepter des choses nouvelles dont il ne sait
rien. Pour moi, le pire, c’est quelqu’un de renfermé qui ne voit pas
ce qui l’entoure. C’est ce type de choses qui sont importantes pour un
danseur de chez Kylián. »
Aujourd’hui, le Ballet de l’Opéra Bastille à Paris vient de faire rentrer la création de Kylián, Kaguyahime, à son répertoire. Un ballet inspiré d’une légende japonaise qui y sera joué jusqu’au 15 juillet prochain. Autre ville à rendre hommage au travail inclassable du plus éclectique des chorégraphes, Montpellier et son festival qui mettra à l’honneur le NDT les 28 et 29 juin. Si à 63 ans, Kylián a définitivement quitté le NDT, dont il était dernièrement « chorégraphe résident associé », son nom reste encore indissociable de la troupe.








