Faits et événements Jeden Svět 2014 : questionner le travail

26-02-2014 16:07 | Pierre Meignan

Du 3 au 12 mars, les spectateurs pragois pourront découvrir 106 films documentaires, dont six avant-premières mondiales, présentés dans le cadre de la 21e édition du festival Jeden Svět lequel se déplacera ensuite dans plusieurs dizaines de villes tchèques. Une conférence de presse a eu lieu mercredi dernier pour présenter cet important événement organisé par l’ONG Človek v tísni (L’homme en détresse) et dont le thème principal cette année revêt de complexes et multiples facettes puisqu’il s’agit du « Travail ». Radio Prague était de la partie.

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Les bandes annonces du festival Jeden Svět ne laissent pas de place au doute, il n’est jamais cité mais on va parler de lui, du travail, lui qui manque, qui n’est pas partagé, qui est central et dont les conditions d’exercice sont sans cesse fragilisées. Différents documentaires le montreront donc sous ses différents aspects. « La face cachée d’Apple », de la réalisatrice Anne Poiret, évoque le difficile quotidien des ouvriers qui travaillent en Chine au profit de cette multinationale. Le cinéaste Frédéric Brunnquell s’intéresse lui dans « Nos vies discount » au prix social réel de cette industrie. Ce sont deux des quatorze films proposés dans la catégorie « Le travail fait l’homme ». Directrice du festival, Hana Kulhánková explique les raisons qui ont poussé son équipe à mettre ce sujet en exergue :

« Nous pensons qu’il s’agit d’un sujet, le travail, avec lequel chacun d’entre nous doit composer. Qu’il s’agisse des personnes qui ont un travail, et qui relativement souvent, sont mécontentes avec celui-ci, des personnes qui n’en ont pas et qui vivent dans un monde avec un fort taux de chômage où trouver un bon emploi est presque impossible, ou encore des personnes, et notamment les étudiants, qui s’apprêtent à entrer sur le marché du travail. Quand nous avons réfléchi à ce thème, nous nous sommes dits que le travail était souvent considéré comme quelque chose qui sépare les gens, entre ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas, et qui feraient face à des problématiques très différentes. Et en fait nous avons voulu montrer que le travail était au contraire ce qui nous rassemble. »

Hana Kulhánková, photo: Kristýna MakováHana Kulhánková, photo: Kristýna Maková Le travail n’est toutefois pas le seul angle d’attaque de cette édition de Jeden Svět, dont les films projetés, originaires de 56 pays du monde, se répartissent en dix sections en plus d’une section compétitive, où douze films seront soumis aux considérations d’un jury. Parmi eux, le documentaire « Les jeux de Poutine » met en lumière les diverses affaires – corruption, atteintes aux droits de l’homme et à l’environnement – qui entourent l’organisation des Jeux olympiques de Sotchi, les plus chers de l’histoire.

La catégorie « Vous avez le droit de savoir » entraîne le spectateur aux quatre coins du monde à la découverte de conflits sociaux parfois méconnus sous nos latitudes, par exemple en Afrique du Sud avec « Miners Shot Down », un document qui revient sur la grève à Marikana où 34 ouvriers furent abattus par la police en août 2012. Un autre film, « God loves Uganda », s’intéresse à l’influence de mouvements religieux sur ce pays d’Afrique de l’Est. Chargée de programmation pour le festival, Zuzana Raušová insiste particulièrement sur cette œuvre :

« God loves Uganda », photo: Jeden Svět« God loves Uganda », photo: Jeden Svět « Ce film expose la situation en Ouganda, où ces derniers mois ont été négociées des lois homophobes, ayant pour conséquence le risque de peines de prison voire de mort pour les homosexuels. Récemment, le président du pays a signé ce texte né sous l’influence de mouvements protestants évangélisateurs américains, comme le montre le film. Ces mouvements utilisent l’Ouganda comme un « territoire-test » en propageant des idées conservatrices radicales, qui n’auraient pas la même réception aux Etats-Unis où ils pourraient faire l’objet de poursuites. Donc ils essaient de les diffuser en Ouganda, une société très fragile car très pauvre. »

Si les spectateurs, qui peuvent également participer à différents débats autour des projections, ne sont pas rassasiés de tous ces sujets d’indignation et de réflexion, ils pourront ensuite suivre le festival sur les routes de République tchèque puisque 33 villes l’accueilleront ensuite tout à tour jusqu’au 13 avril. Et pour les plus courageux, Jeden Svěet s’exporte également à Bruxelles du 24 mars au 2 avril.

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