Faits et événements "Je veux vivre": une exposition de photographies, un documentaire, une aide humanitaire à l'Ukraine...
Toujours à propos de la situation en Ukraine, vue depuis la République tchèque, mais cette fois-ci dans un autre domaine que la politique... Le photoreporter tchèque Jan Sibik a lancé, à Prague, une campagne humanitaire en faveur des Ukrainiens atteints du SIDA. Dans ce pays d'Europe orientale, la croissance de l'épidémie VIH/SIDA serait la plus rapide au monde.
'Je veux vivre', photo: Jan Sibik
Depuis le 18 novembre, une tente blanche est installée au centre de la
place Venceslas, au niveau des rues Opletalova et Ve Smeckach. Une tente
blanche, avec une inscription rouge et dessus : "Je veux vivre".
"Oui, je veux vivre. Vivre, tout simplement ! Je n'ai encore rien fait dans ma vie...", dit Sacha. Il est jeune... Il était jeune. Il est mort dans un hôpital d'Odessa, en Ukraine, au service des maladies infectieuses. Ici comme dans d'autres cliniques municipales, les conditions sont épouvantables : saleté, cafards, un lavabo et deux toilettes pour une quarantaine de personnes séropositives. Pendant un an, le photoreporter tchèque renommé, Jan Sibik, a vécu à leurs côtés. Les photos grand format tirées de son séjour à Odessa sont exposées jusqu'au 29 novembre, dans cette tente blanche, place Venceslas. On y montre aussi un documentaire bouleversant, tourné par les journalistes Marek Vitek et Radan Sprongl, dans des cliniques d'Odessa, et diffusé le 25 novembre à la Télévision tchèque.
En Ukraine, la hausse de l'épidémie VIH est alarmante : plus d'1% de sa population serait touché par le virus. En 2010, ce pays ex-soviétique pourrait compter 1,5 millions d'habitants séropositifs. Selon les chiffres officiels, seuls 4 000 Ukrainiens sont soignés pour le SIDA, et seulement 130 d'entre eux ont accès à un traitement antirétroviral. Les programmes de prévention font défaut. A quelque 800 km seulement à l'ouest de Kiev, en République tchèque, on en sait très peu sur cette situation désastreuse. Le fait que les Ukrainiens constituent la deuxième plus forte communauté étrangère dans le pays n'y change rien.
'Je veux vivre', photo: Jan Sibik
Fort de ses expériences vécues aux quatre coins du monde, notamment dans
les régions en conflit, le photographe Jan Sibik a donc décidé d'organiser
une aide humanitaire favorisant le traitement et la prévention du SIDA en
Ukraine. En 2000, un projet similaire, qu'il avait mis sur pied en Bohême
et en Moravie, avait permis de récolter plus d'un million de couronnes
destiné aux enfants de Sierra Leone. Quatre ans plus tard, les Tchèques
semblent beaucoup moins intéressés par les problèmes hors de leur pays.
Lundi matin, la tente sur la place Venceslas est presque vide. Je
m'entretiens avec Tereza Kusnirakova, une des volontaires qui surveillent
l'exposition.
"Il y a un mois, j'ai participé, ici, sur la place Venceslas, à une action humanitaire ciblée sur l'Afghanistan. A cette occasion, j'ai fait connaissance de Jan Sibik. Il y a quelques jours, je l'ai entendu parler à la radio de cette exposition, il cherchait des volontaires pour son équipe. Je suis étudiante, je n'ai pas d'argent, donc j'ai décidé d'aider, au moins de cette manière, les Ukrainiens. Mais je vois que les Tchèques sont assez indifférents, il y a environ 5 visiteurs de l'exposition par heure, c'est tout. Moi, je voyage souvent en Europe orientale, et je vois qu'elle n'arrive pas à tenir le pas avec le reste de l'Europe, avec son rythme de vie et son consumérisme. Je crois que nous, les Tchèques nous n'avons fait, jusqu'à présent, que prendre. Maintenant, nous sommes assez forts pour donner."
'Je veux vivre', photo: Jan Sibik
Pendant que je discute avec Tereza, une poignée de jeunes entrent dans
cette salle d'exposition provisoire.
"J'ai déjà vu ces photos dans l'hebdomadaire Reflex. Ces gens-là vivent vraiment dans des conditions inhumaines. C'est triste, cruel, mais probablement vrai. Je vis à Olomouc et si une manifestation pareille y est organisée, j'y participerai."
"J'aime les photos de Jan Sibik, j'apprécie ce qu'il fait. J'ai lu un article sur cette exposition dans Reflex et ça m'a intéressée. Je ne gagne pas d'argent, mais je pense qu'on va, avec mes parents, verser une somme sur le compte ouvert à cet effet."
Dans les semaines qui viennent, l'exposition "Je veux vivre" fera le tour de la République tchèque.





