Investiture du chef de l’Etat : « La deuxième république de Zeman »

L’événement ce jeudi, c’est la cérémonie d’investiture au poste de président de la République de Miloš Zeman, qui a remporté l’élection présidentielle de janvier dernier et ainsi gagné le droit d’enchaîner sur un second mandat de cinq ans à la tête de l’Etat. Qu’en disent les médias tchèques ? Réponse dans cette petite revue de presse

Miloš Zeman, photo: ČTKMiloš Zeman, photo: ČTK L’investiture du président tchèque, c’est d’abord et avant tout un cérémonial bien huilé. Le quotidien Hospodářské noviny, comme d’autres, le souligne en présentant les caractéristiques principales du rituel. En début d’après-midi, dans la majestueuse salle Vladislav de la partie médiévale du château de Prague, devant un parterre de choix réunissant environ 700 personnalités, les parlementaires tchèques, des politiciens ainsi que des diplomates, Miloš Zeman a prêté serment sur une édition très spéciale de la constitution tchèque, celle-là même utilisée par le président Václav Havel lors de la fondation de la République tchèque en 1993.

La cérémonie est l’occasion d’accumuler les symboles avec des drapeaux et des blasons à profusion, avec la remise des plus hautes insignes du pays à Miloš Zeman avec la table et la chaise ayant appartenu au premier président tchécoslovaque Tomáš Garrigue Masaryk et avec la constitution de 1920 sur laquelle il prêta serment pour la première fois de l’existence du nouvel Etat. Le tout s'est évidemment déroulé en musique et s'est achevé par une salve de 21 coups de canon et par l’hymne tchèque.

Pour la presse, cette cérémonie d’investiture est également l’occasion d’un bilan du premier mandat du président Zeman. C’est par exemple ce à quoi se livre, en photos, le journal Mladá fronta Dnes. Pour le quotidien, ce premier mandat aura été « tout sauf ennuyeux ». L’album photo permet de s’en rendre compte : on retrouve le chef de l’Etat accueillant à Prague son homologue chinois Xi Jinping en mars 2016, le rapprochement avec Pékin étant l’un des grands axes de sa politique diplomatique.

Les clichés mettent surtout en avant certaines polémiques qui ont parsemé le premier mandat de l’ancien Premier ministre social-démocrate : sa présence, visiblement éméchée, lors d’une cérémonie d’ouverture des joyaux de la couronne de Bohême au public, son intrusion dans la vie politique tchèque et sa relation houleuse avec l’ancien chef de gouvernement Bohuslav Sobotka, ou bien encore le cadeau de mauvais goût qui lui a été fait lors d’une visite en région en 2017. A Zbiroh, à l’ouest de Prague, Miloš Zeman s’était alors vu offrir un fusil d’assaut factice sur lequel on pouvait lire « pour les journalistes », un présent qui a pris une résonnance toute particulière avec le récent assassinat du journaliste d’investigation slovaque Ján Kuciak.

Photo: ČTKPhoto: ČTK Les journaux tchèques regardent donc vers le passé mais ils se projettent également dans le nouveau mandat du chef de l'Etat. « La seconde république de Zeman », c’est d’ailleurs la une choisie par Hospodářské noviny dans son édition du jour. Le quotidien défend l’idée que Miloš Zeman deviendrait en fait, avec ce second mandat qui s’annoncerait pour le moins « sauvage », le premier président d’une nouvelle ère de la République tchèque. D’après le journaliste Petr Honzejk, le politicien, âgé de 73 ans et qui ne postulera pas à sa succession en 2023, aurait désormais les mains libres pour agir comme bon lui semble. Ainsi, si la coalition gouvernementale qu’il appelle de ses vœux, entre le mouvement ANO et les sociaux-démocrates, avec le soutien des communistes, voit effectivement le jour, il s’agira dans une certaine mesure du « gouvernement de Zeman ».

Les spéculations vont également bon train sur la politique étrangère que conduira M. Zeman. La plupart des médias tchèques estiment que le chef de l’Etat continuera sur sa lancée, en défendant notamment un rapprochement avec la Russie de Poutine et une levée des sanctions visant Moscou. En revanche, pour le quotidien Lidové noviny, Miloš Zeman pourrait avoir un nouveau cheval de bataille. Avec les mots tendres adressés à l’endroit de Donald Trump après son élection, le président tchèque espérait avoir les honneurs d’une visite officielle à Washington. Cela ne s’est pas fait durant son premier mandat et cette éventualité serait aussi compromise pour le second. C’est donc vers Israël, dont il est un fidèle défenseur en toutes circonstances, que Zeman, désobligé par l’attitude de la Maison-Blanche à son égard, pourrait maintenant concentrer ses efforts. Selon Lidové noviny, le château de Prague envisage de mettre les bouchées doubles pour permettre le déplacement de l’ambassade tchèque de Tel-Aviv à Jérusalem.