Faits et événements Il y a 60 ans était créé à Prague le premier centre d’accueil pour alcooliques au monde
Il y a 60 ans de cela, en mai 1951, était ouvert, à l’hôpital Apolinář de Prague, le premier centre de désintoxication pour alcooliques en Tchécoslovaquie. Créé par le psychiatre Jaroslav Skála, spécialiste de la prévention et du traitement de la dépendance à l’alcool, ce centre, unique en son genre à l’époque dans le monde et réputé pour la dureté des méthodes de soins employées, a rapidement été copié avec succès ailleurs dans le monde.
Le centre de désintoxication pour alcooliques à l’hôpital Apolinář
Pour donner une idée des méthodes draconiennes prônées par le docteur
Skála, terreur des alcooliques, les Tchèques aiment à raconter
l’anecdote selon laquelle les patients passés par le centre de
désintoxication ne pouvaient plus ensuite se rendre à la montagne ni
même voir une quelconque paroi ou rocher, sous peine d’avoir envie de
vomir. En tchèque, en effet, le mot « skála » signifie « roche, rocher ». Or, les séances de vomissement en groupe suite à la consommation
forcée d’alcool et de médicaments faisaient partie des méthodes de
l’impitoyable docteur, au même titre que les massages à l’eau glacée
ou encore l’exercice physique.
Un peu paradoxalement au regard dons de certaines méthodes et fait unique
à l’époque, où seule la répression prévalait dans la lutte contre
l’alcoolisme en Tchécoslovaquie comme dans le reste du monde,
l’établissement a pourtant d’abord été pensé par Jaroslav Skála
comme un lieu d’accueil et de protection. Il s’agissait d’y laisser
dégriser les buveurs dans un premier temps, de leur apporter les premiers
soins les plus urgents, avant de proposer un traitement aux malades de
longue durée. C’est ce que rappelle le docteur Petr Popov, l’actuel
chef du service en charge du traitement des dépendances à l’hôpital
universitaire de Prague :
Jaroslav Skála
« La création du centre a été une réaction au fait qu’il
n’existait alors pas d’établissement adapté pour les personnes
souffrant de problèmes d’alcoolisme, ayant des conflits familiaux ou des
ennuis judiciaires. Ces gens avaient besoin d’être soignés. C’est
donc pour eux que le docteur Skála a créé ce centre d’accueil. Il
s’agissait d’une conception rare dans le monde, car dans aucun pays il
n’existait d’établissement dont la vocation était d’abord sanitaire
et préventive. Partout ailleurs, il s’agissait plutôt
d’établissements de type répressif. »
Autre particularité de ce premier centre pragois : les patients
eux-mêmes étaient chargés de l’accueil des nouveaux arrivants.
L’objectif était de leur faire prendre conscience de leur état et de
tous les désagréments qui en découlaient pour leur entourage et leurs
proches lorsque eux-mêmes étaient en état d’ébriété.
Rapidement, le concept s’est développé en Tchécoslovaquie, puis
au-delà des frontières du pays. Depuis les années 1950, bien des choses
ont toutefois évolué. Le nombre de ces centres d’accueil et de
désintoxication a fortement diminué en République tchèque depuis le
début des années 1990, mais ils ont laissé la place à des
établissements modernes confrontés à une autre situation qu’il y a
soixante ans de cela. Petr Popov compare les deux époques :
Petr Popov
« Au tout début, c’était un établissement dans lequel les patients
se rendaient plutôt seuls. Dans les situations extrêmes, quelqu’un les
accompagnait lorsqu’ils n’étaient plus en mesure de marcher. Mais il
ne s’agissait pas vraiment de patients qui avaient de problèmes de
santé graves ou urgents, à la différence d’aujourd’hui, où cela est
très fréquent. Aujourd’hui, les personnes que nous accueillons sont
souvent blessées, parfois gravement, et elles ont d’autres problèmes de
santé, comme par exemple les SDF. C’est pourquoi, aujourd’hui, les
centres doivent disposer d’un personnel qualifié et spécialisé mais
aussi être bien équipés car nous sommes confrontés à des situations
d’urgence. »
Ce qui n’a pas changé, en revanche, est que l’alcoolisme demeure un
important problème sanitaire en République tchèque. Selon les dernières
statistiques, chaque Tchèque âgé de plus de 15 ans consomme en moyenne
16,5 litres d’alcool pur par an, soit près de trois fois plus que la
moyenne mondiale (6,13 litres).






