Gouvernement : les élevages de lapins contraignent la ministre de la Justice à démissionner

La coalition gouvernementale formée par Andrej Babiš et nommée par Miloš Zeman le 27 juin, sollicitera la confiance de la Chambre des députés ce mercredi. Mais c’est un cabinet déjà remanié dans sa composition, avec notamment un nouveau ministre de la Justice nommé ce mardi en remplacement de Taťána Malá, accusée de plagiat dans la rédaction de sa thèse de doctorat et finalement contrainte de démissionner, et un ministre des Affaires étrangères provisoire, qui dirigera le pays.

Taťána Malá, photo: Vít Šimánek/ČTKTaťána Malá, photo: Vít Šimánek/ČTK Taťána Malá ne sera donc restée ministre de la Justice que le temps de treize jours. Elle a eu beau se défendre bec et ongles face aux accusations des médias et aux critiques de l’opposition, dernièrement encore lundi après-midi lors d’une conférence de presse où elle est apparue très mal à l’aise et bien peu convaincante, cette juriste de 36 ans proche d’Andrej Babiš a finalement jeté l’éponge. Elle a expliqué pourquoi lundi soir :

« Je pense qu’il est indispensable qu’un gouvernement possédant la confiance de la Chambre des députés voit le jour en République tchèque et je n’ai absolument pas l’intention de faire obstacle au vote. Néanmoins, je tiens une nouvelle fois à souligner que ma démission ne constitue pas un aveu, car je ne reconnais aucune erreur. »

Pour rappel, il est reproché à Taťána Malá d’avoir recopié de nombreux passages d’un précédent travail de recherche portant sur les conditions microclimatiques dans les élevages de lapins lors de la rédaction de sa thèse.

Taťána Malá a donc été remplacé par Jan Kněžínek, personnalité inconnue du grand public qui occupait jusqu’alors les fonctions de vice-président du Conseil législatif du gouvernement. Avant cela, Andrej Babiš, qui fait pourtant l’objet de poursuites judiciaires, avait envisagé de diriger lui-même le ministère. Mais face aux nombreuses critiques de l’opposition, le Premier ministre a finalement abandonné l’idée :

Andrej Babiš, photo: Michal Krumphanzl/ČTKAndrej Babiš, photo: Michal Krumphanzl/ČTK « J’ai demandé au président de la République de confier la direction du ministère à quelqu’un qui n’est ni moi, ni aucun autre ministre. Le nouveau ministre participera donc ce mardi après-midi au Château de Prague à la nomination des nouveaux juges par monsieur le président. »

Dans les rangs du parti social-démocrate (ČSSD), qui avec le mouvement ANO dirigé par Andrej Babiš est la seconde formation de la coalition gouvernementale, cette annonce a été accueillie avec un certain soulagement, comme l’a confié son vice-président Martin Netolický :

« J’ai entendu tellement de plaisanteries et de moqueries, notamment dans les cercles juridiques, ces derniers jours sur le compte de Taťána Malá que je ne peux même pas imaginer comment elle aurait pu continuer à diriger le ministère de la Justice. Comment aurait-elle pu communiquer avec les juges, les procureurs, les avocats et les facultés de droit sans un minimum de considération de leur part ? Son maintien dans ses fonctions aurait porté atteinte à l’autorité d’un ministère-clef et cela n’aurait certainement pas été une bonne chose. »

« Pas une bonne chose », c’est ainsi également que beaucoup d’observateurs de la scène politique tchèque et de membres de l’opposition voient le maintien de Jan Hamáček, le leader de la social-démocratie, dans les fonctions à la fois de ministre de l’Intérieur, son domaine de compétence, et de ministre des Affaires étrangères. Mais en attendant de trouver une solution et un nouveau chef de la diplomatie, c’est tel quel que ce gouvernement qui peut faire penser à un assemblage de bric et de broc sollicitera la confiance des députés ce mercredi. Et on peut d’ores et déjà supposer que les débats seront particulièrement longs et agités avant le vote.