Film documentaire : le festival Jeden Svět interroge sur la notion de tolérance

Pour la quinzième année consécutive, le festival Jeden Svět ou One World proposera du 4 au 13 mars une riche programmation en films documentaires sur la thématique des droits de l’homme. Cette édition, qui se déroule à Prague mais aussi dans de nombreuses autres villes de République tchèque, souhaite ouvrir le débat sur l’intolérance, le racisme et les discriminations.

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková « Bojíte se snášet ? » Craignez-vous de vous tolérer les uns les autres ? C’est le slogan volontairement provocateur de cette nouvelle édition du festival Jeden Svět, un événement né il y a quinze ans sur une initiative de l’ONG Člověk v tísni et devenu une rencontre majeure du film documentaire en République tchèque. C’est donc de tolérance que les organisateurs veulent nous parler, de notre capacité à vivre ensemble et à nous accepter tels que nous sommes. Directrice du festival, Hana Kulhánková évoque la genèse de cette idée :

« Quand l’an passé, nous avons commencé à réfléchir à quoi pourrait ressembler cette édition du festival Jeden Svět, nous avons été ‘inspirés’ par ce qu’il se passait en Bohême du Nord, avec toutes ces manifestations qui étaient principalement dirigées contre la minorité rom. Malheureusement, ces opinions marquées par l’intolérance se sont, selon nous, également exprimées à travers certains candidats et candidates à la présidentielle. Cela a confirmé notre choix de traiter du thème de la tolérance et de l’intolérance. Car finalement nous avons voulu avec cette édition du Jeden Svět lutter contre une ambiance, contre les préjugés entendus partout et tout le temps sur le type ‘Je ne suis pas raciste, mais…’ et qui peuvent parfois conduire au meurtre haineux. »

'Til Ungdommen' (Bravehearts), photo: Jeden Svět'Til Ungdommen' (Bravehearts), photo: Jeden Svět Ces paroles sont illustrées par l’un des documentaires projetés justement dans la catégorie « Bojíte se snášet ? », l’une des quatorze thématiques du festival. Il s’agit d’une œuvre norvégienne intitulée Til Ungdommen (Bravehearts) à propos de jeunes désireux de s’approprier la chose politique. Le film prend une tournure dramatique puisque l’un de ces jeunes participe au camp d’été du parti travailliste sur l’île d’Utøya quand le terroriste d’extrême-droite Anders Breivik commet son massacre.

Le festival montre ainsi une réalité parfois très difficile à accepter. Le film Saving Face, récompensé de l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire, suit par exemple les traces d’un chirurgien au Pakistan qui tente de reconstruire les visages et parfois les vies de femmes victimes d’attaques à l’acide sulfurique.

'Saving Face', photo: Jeden Svět'Saving Face', photo: Jeden Svět Cependant, certains des films proposés sont porteurs d’espoir et de joie à l’image du film Les invisibles du réalisateur français Sébastien Lifshitz. On écoute Hana Kulhánková :

« En fait, cette catégorie thématique principale ‘Bojíte se snášet ? Craignez-vous de vous tolérer les uns les autres ?’ est un appel, une question, donc nous y avons inclus également des films très positifs. »

Eclairer sur des situations politiques et humanitaires parfois méconnues des publics européens est également l’un des objectifs poursuivis. Aussi, le festival a souhaité braquer son projecteur sur un pays en particulier. La directrice de la communication de l’événement Bohdana Rambousková nous en dit plus :

« Cette année, le festival propose ici à Prague 102 films documentaire produits par un total de 30 pays. Quand nous avons élaboré le programme que nous vous présentons aujourd’hui, un thème important nous est apparu, au côté de celui sur la tolérance, et il s’agit de l’Azerbaïdjan. »

'Les invisibles', photo: Jeden Svět'Les invisibles', photo: Jeden Svět Des films et débats sont ainsi proposés autour de ce pays du Caucase où de nombreux droits élémentaires tels que ceux de manifester ou d’informer sont loin d’être respectés. Un avocat, qui milite pour les droits de l’homme en Azerbaïdjan, interviendra dans le cadre du festival pour en évoquer la situation politique et se verra remettre le prix Homo Homini.

Jeden Svět propose également une série d’œuvres récentes tchèques. Présent dans près de 40 villes du pays, avec une approche pédagogique pour les écoles, le festival est militant et souhaite avant tout interroger la société tchèque. A cet égard, Hana Kulhánková nous détaille sa campagne de communication :

« Sur notre affiche, il y a des animaux qui, pour nous, symbolisent la société tchèque. Les poules sont des poules tchèques classiques. Et cette basse-cour tchèque est méfiante à l’égard de l’autruche, qui dans l’espace tchèque n’est pourtant plus si exotique puisque qu’elle se retrouve dans les fermes tchèques depuis de nombreuses années. Selon nous, cela évoque d’une certaine façon comment la société tchèque accepte ou repousse la différence. »

Pour plus de détails sur toutes les actions organisées dans le cadre du festival Jeden Svět : www.jedensvet.cz.