Exposition Josef Lada : « Ses dessins nous accompagnent depuis l’enfance »

La semaine dernière, respectivement 130 ans et 60 ans se sont écoulés depuis la naissance et la mort de l’un des peintres, illustrateurs et écrivains tchèques parmi les plus célèbres, Josef Lada. Pour commémorer ces deux anniversaires, la Maison dansante à Prague organise une grande exposition rétrospective consacrée à l’artiste. Intitulée Sedmičky Josefa Lady (Les Sept de Josef Lada), l’exposition, qui est à voir jusqu’en avril prochain, propose aussi bien ses fameux dessins de Noël et des illustrations du Brave Soldat Chvéïk que plusieurs œuvres inédites.

Josef Lada, photo: Galerie Tančící důmJosef Lada, photo: Galerie Tančící dům « J’ai dessiné Chvéïk en train d’allumer sa pipe sous une pluie de balles et de grenades. Son visage est pourtant très calme, comme si de rien n’était. J’ai montré ce dessin à Jaroslav Hašek et à František Sauer, un jour dans un bar à vin, et ils l’ont beaucoup aimé. Jaroslav Hašek m’a proposé 200 couronnes. Jugeant cette somme insuffisante, František Sauer m’a pour sa part offert 500 couronnes. Après un long moment de réflexion, Jaroslav Hašek a tapé du poing sur la table et il m’a proposé 1000 couronnes. A la fin de la soirée, à la place d’obtenir un salaire, j’ai dû finalement payer les dépenses pour les trois. »

La voix de Josef Lada et ses histoires amusantes résonnent un peu partout au sous-sol de la Maison dansante, ce célèbre immeuble moderne situé au bord de la rivière Vltava, dans le centre de Prague, pas très loin de la maison où vivait l’artiste. Sur quatre étages, la galerie expose près de 400 œuvres issues de différentes collections publiques et privées du pays tout entier, aussi bien des toiles grand format présentant des motifs de Noël et de l’hiver tchèque, avec un village enneigé et des enfants fabriquant des bonhommes de neige, que des petits dessins reproduisant les diverses activités humaines de la première moitié du XXe siècle, un calendrier illustré ou encore les œuvres parmi les plus précoces de Josef Lada. Directeur de la Maison dansante, Robert Vůjtek en dit davantage :

Josef Lada, 'Le veilleur', photo: Kristýna Vacková / Galerie Tančící důmJosef Lada, 'Le veilleur', photo: Kristýna Vacková / Galerie Tančící dům « Ici, vous pouvez voir les premières œuvres de Josef Lada. Au début de sa carrière, il s’était consacré à la caricature. Ses dessins de cette période ne sont pas connus. Nous avons même découvert plusieurs œuvres jusqu’ici inédites. Plus tard, Josef Lada s’est beaucoup inspiré par son village natal de Hrusice, en Bohême centrale. Les motifs de son village apparaissent dans une majeure partie des œuvres exposées. Nous présentons bien sûr également les originaux de ses célèbres illustrations du livre Le Brave Soldat Chvéïk de Jaroslav Hašek, publié dans de nombreux pays du monde entier. Mais Josef Lada a fait aussi par exemple des costumes pour des contes de fées adaptés au cinéma. Nous exposons ici les costumes uniques que l’artiste a conçu pour le film Hrátky s čertem, tourné dans les années 1960. »

Mais Josef Lada, ce sont aussi des dessins animés pour enfants, avec notamment les histoires du chat Mikeš et de ses amis. Tout un étage est donc destiné aux plus petits et propose, outre des œuvres d’art, également une partie interactive, avec différents jeux, des films, ou encore un praxinoscope, un jouet optique inventé en France qui donne à l’image l’illusion du mouvement. Robert Vůjtek :

Les costumes du film Hrátky s čertem, photo: Kristýna Vacková / Galerie Tančící důmLes costumes du film Hrátky s čertem, photo: Kristýna Vacková / Galerie Tančící dům « Au rez-de-chaussée de la Maison dansante, nous exposons des objets personnels de Josef Lada, comme son inoubliable pipe, sa table d’échecs, son récepteur radio, son bureau et son matériel de peinture. Il est également possible d’y découvrir quelques œuvres de sa fille, la peintre Alena Ladová, qui a réalisé des portraits de son père lors de ses activités typiques – le travail, le repos et la lecture. »

Préparée pendant plus d’un an, l’exposition a été inaugurée à la mi-novembre. Le succès est pour l’instant énorme, comme en témoignent ces deux visiteuses :

« Les dessins de Josef Lada nous accompagnent durant toute la vie, depuis l’enfance. C’est la même chose pour nos enfants. Il est donc très agréable de les redécouvrir. Je n’ai pas de dessin préféré, j’aime son œuvre dans son ensemble. J’aime particulièrement ses images d’hiver, je connais tous ses films… Nous sommes donc venues pour retrouver nos souvenirs d’enfance. »

« Ces tableaux nous rappellent également des choses qui ont existé dans notre enfance et qui n’existent plus. »

Pourquoi donc ces dessins simples et colorées charment-ils petits et grands Tchèques depuis plusieurs décennies déjà ? Robert Vůjtek explique :

Josef Lada, 'Les enfants en hiver', 1955, photo: Galerie Tančící důmJosef Lada, 'Les enfants en hiver', 1955, photo: Galerie Tančící dům « Josef Lada était aveugle d’un œil. En conséquence, il avait une perception de la profondeur différente des autres artistes. On dit que c’est cette perspective étrange qui donne à son œuvre son charme. Ses tableaux ne sont pas tridimensionnels, ils ressemblent aux dessins d’un enfant. Leur magie repose là. »

Pour le petit-fils de Josef Lada qui porte le nom de son grand-père, la renommée de l’artiste va au-delà des frontières :

« De son vivant, Josef Lada a été souvent exposé à l’étranger. Il est vrai que ses œuvres présentent souvent des motifs et des contes de fée typiquement tchèques, comme cet ancien métier de veilleur de nuit d’un village ou le personnage mythique de ‘vodník’, un vieil homme malveillant qui vit dans l’eau. Ces motifs peuvent donc être peu compréhensibles pour certaines nations. Mais vu aussi le nombre de Tchèques vivant à l’étranger, et notamment dans les pays voisins, Josef Lada reste très populaire même en dehors de la République tchèque. »

L’exposition consacrée à Josef Lada est à découvrir à la Maison dansante jusqu’au 1er avril prochain. L’an prochain, une autre exposition de ses œuvres sera à découvrir à Bratislava, en Slovaquie.