Faits et événements Exposition – découverte de Václav Ryčl, photographe et écrivain décédé à l’âge de 28 ans
« Václav Ryčl – Blue Boy » : tel est le titre d’une exposition de photographies inédites de Václav Ryčl, un jeune homme de talent qui s’est suicidé le 31 décembre 1994 à l’âge de 28 ans. Comme l’indique le titre d’un de ses livres publiés à titre posthume, la vie a été pour lui « une mauvaise compagne ».
Václav Ryčl
Né d’une mère artiste plasticienne, cultivée et attentive, Václav
Ryčl a probablement hérité de son père slovaque une maladie psychique.
Souffrant de dépression et de schizophrénie, il a dû abandonner ses
études à l’école polygraphique de Prague. Dès 1985, le jeune homme,
alors âgé de 19 ans, suit un traitement à l’hôpital psychiatrique de
Prague-Bohnice, au pavillon n° 13. Dans le cadre de sa thérapie, il
écrit des poèmes, des textes autobiographiques et dessine. Il écrit et
illustre un livre intitulé « Pavillon 13 », un récit cru et sincère
dans lequel Václav Ryčl évoque la vie et le traitement à Bohnice.
« Si j’écris, c’est parce que c’est un besoin vital », explique-t-il dans une lettre adressée à un ami. « A travers le livre ‘Pavillon 13’, je voudrais dire aux gens combien un traitement psychiatrique peut être insupportable. Beaucoup de choses sont cachées au public. »
Photo: Václav Ryčl « Pavillon 13 » et un recueil de poèmes intitulé « La vie est une
mauvaise compagne » sont parus une dizaine d’années après la mort de
Václav Ryčl, en 2003 et en 2004, aux éditions Petrov. Ils ont
enthousiasmé la critique et éveillé la curiosité pour cet auteur. A la
même période, l’historien de l’art Jiří Pátek a découvert les
photographies des Roms que Václav Ryčl avait prises comme jeune
photographe amateur, entre 15 et 17 ans. Ces photos en noir et blanc, qui
mettent en scène des enfants roms notamment, des enfants des rues, sont
au
cœur de l’exposition « Václav Ryčl – Blue Boy » qui se tient
jusqu’au 29 mai à la Galerie morave de Brno. Jiří Pátek :
Photo: Václav Ryčl
« Dans les années 1980, lorsque ces photos de Roms ont été
prises, il
n’était pas courant de s’intéresser en profondeur à cette
problématique. Václav Ryčl a eu une approche presque sociologique. Il
est évident qu’il est allé dans les localités en question à
plusieurs
reprises, qu’il connaissait bien les gens photographiés, car ils se
sont
ouverts à lui, ils l’ont laissé pénétrer dans leur zone privée. A
l’époque, il était adolescent, mais il avait ce même regard sensible
que l’on retrouve chez les photographes renommés qui s’intéressaient
eux-aussi à l’homme, comme Jindřich Štreit ou Viktor Kolář. »
Photo: Václav Ryčl
Outre une quarantaine d’images, l’exposition présente aussi de courts
enregistrements vidéo réalisés par Václav Ryčl, ainsi que ses textes,
tapés à la machine et accrochés au mur avec de simples punaises, tels
des messages laissés par l’auteur au public. Ses photos représentent
non seulement les Roms, mais aussi des jeunes désabusés dans des
bistrots, des images de la vie quotidienne. Jiří Pátek :
Photo: Václav Ryčl
« Il s’intéressait, comme d’autres photographes orientés à
l’époque vers la photographie documentaire, aux événements de masse
organisés sous le socialisme. Il a photographié certaines festivités,
par exemple une fête organisée par le journal Rudé právo. Il est clair
que cet enthousiasme collectif qui nous était imposé sous l’ancien
régime ne convenait absolument pas à Václav Ryčl. Le fait de
photographier a été sa manière d’y faire face. »
Plutôt que de décortiquer l’œuvre de Václav Ryčl, de l’interpréter, à la manière des historiens de l’art, Jiří Pátek présente ses travaux avec humilité et discrétion, travaux qui sont, d’après lui, « un témoin silencieux du combat entre le talent et l’âme souffrante » et qui expriment une expérience impartageable.
Photo: Václav Ryčl « Václav Ryčl – Blue Boy », Blue Boy étant un terme utilisé par
Václav Ryčl lui-même, pour désigner les patients psychiatriques qui
gardent l’espoir de guérir… Cette exposition est donc à découvrir
jusqu’au 29 mai dans les locaux du Musée des Arts et des Métiers de
Brno. Un des textes de Václav Ryčl présentés au public caractérise
particulièrement bien ce que représentait la création artistique pour
ce
jeune Tchèque, dont le destin rappelle celui de la dramaturge britannique
Sarah Kane…
'Václav Ryčl – Blue Boy' au Musée des Arts et des Métiers de Brno
« Je ne suis pas sûr de ce qui est la vérité, de la perception
juste
de la réalité. C’est probablement lorsque trois personnes se mettent
d’accord que le fruit posé sur la table est une orange. Celui qui dira
que c’est une banane sera anormal, il sera tapé, ligoté, il criera
d’horreur, parce qu’il a enfreint l’ordre de la normalité. (…)
Heureusement qu’il existe la Poésie. Ce serait insupportable, une vie
où il n’y aurait que des oranges. »






