Enfouissement des déchets nucléaires : la difficile sélection du site

L’étau se resserre : deux localités sur les sept initialement envisagées restent en course pour accueillir le futur site d’enfouissement des déchets nucléaires issus de l’activité des deux centrales du pays. Il s’agit des zones de Horka et de Kraví Hora, dans la région de la Vysočina, où des études préparatoires pourraient bientôt débuter. Le seul hic, c’est que les municipalités concernées sont loin d’être enchantées par ces perspectives et les autorités semblent disposer à revenir en arrière.

Photo illustrative: Idea go / freedigitalphotosPhoto illustrative: Idea go / freedigitalphotos L’activité des centrales nucléaires de Dukovany, en Moravie du Sud, et de Temelín, en Bohême du Sud, produit des déchets nucléaires, dont la période de radioactivité est plus ou moins longue. Aussi, pour les déchets qui ne peuvent être traités, la République tchèque a décidé de construire d’ici à 2065 un site d’enfouissement qui doit permettre, à un demi-kilomètre sous terre, de stocker à très long terme des milliers de tonnes de combustible nucléaire usé. Cette technique de stockage en couche géologique profonde suscite de nombreuses critiques et inquiétudes, notamment sur les risques de contamination des sols et sur l’incertitude concernant leur évolution géologique dans le temps long, mais c’est bien elle qui a été retenue.

Longtemps dans les cartons, le projet est réellement porté depuis 2014 avec la désignation de sept localités envisagées pour accueillir le site d’enfouissement. Les habitants des zones concernées ont depuis régulièrement manifesté leur opposition à travers une série de rassemblements et le dépôt de plusieurs plaintes.

Jan Mládek et Jiří Slovák, photo: ČTKJan Mládek et Jiří Slovák, photo: ČTK Les choses se sont encore accélérées vendredi dernier quand le ministre de l’Industrie et du Commerce, le social-démocrate Jan Mládek, a annoncé que les prospections géologiques, destinées à évaluer différents critères tels que le risque sismique, la nature des roches ou la structure des eaux souterraines, ne concerneraient finalement que deux territoires. De son côté, Jiří Slovak, de l'Administration d'enfouissement des déchets radioactifs (SÚRAO), était en mesure de définir un premier agenda :

« Je considère que l’évaluation de ces localités devrait être achevée à la fin de l’année prochaine ou à la mi-2018. Ensuite, nous déposerons de nouvelles demandes de prospection des sols, mais après une campagne de forages. Les premières conclusions pourraient être tirées vers 2020. »

Un programme qui ne souffre pas de défauts sinon qu’il rencontre l’opposition des habitants des territoires de Horka et de Kraví Hora, qui rassemblent une dizaines de municipalités. Ces communes n’ont pas déposé de plainte contre l’Etat, à l’inverse de celles des cinq autres zones initialement envisagées, et c’est pourquoi elles ont finalement été retenues.

Rudíkov, photo: Jiří Sedláček, CC BY 3.0 UnportedRudíkov, photo: Jiří Sedláček, CC BY 3.0 Unported Les élus dénoncent un processus non-transparent et discriminant et menacent donc de porter plainte à leur tour. On écoute Zdenek Souček, le maire de Rudíkov, selon lequel il est souhaitable de revenir à la première phase du projet, à l’instar de ce que demandent certaines organisations écologistes :

« Le fait de porter plainte ou non ne peut pas être un critère de sélection du site. Cela serait un précédent très important. Il faut suivre le processus tel qu’il a été mis au point et promis. Cela signifie mener des prospections dans les sept localités ou bien alors nulle part. »

Lors de sa conférence de presse vendredi, le ministre Jan Mládek restait de toute façon très prudent sur les développements à venir à cette affaire :

Source: SÚRAOSource: SÚRAO « A l’heure actuelle, je ne sais pas si ces deux territoires, où il semblait y avoir une volonté politique pour avoir ce site d’enfouissement, seront appropriés d’un point de vue géologique […]. Et à plusieurs reprises je l’ai dit publiquement : je ne peux pas m’imaginer que la conception d’un site d’enfouissement à long terme des déchets nucléaires se fasse à un endroit où les municipalités seraient en désaccord. »

Des affirmations qui, devant les protestations des communes de Horka et de Kraví Hora, ont conduit le ministre à rétropédaler dès ce lundi. L’évaluation du potentiel des différents sites pourrait finalement avoir effectivement lieu sur les sept territoires d’abord sélectionnés. Une situation désormais confuse à laquelle M. Mládek entend mettre de l’ordre à l’occasion d’une discussion avec les représentants de toutes les communes concernées à la fin du mois de juillet.