En Moravie, une marche en mémoire des Allemands expulsés en 1945

Dans la nuit du 30 au 31 mai 1945, plus de 20 000 habitants allemands de Brno, femmes, enfants et personnes âgées, ont été expulsés de la ville. Parmi eux, environ 1 700 personnes ont trouvé la mort sur la route vers l’Autriche. Pour rendre hommage aux victimes de ce périple appelé par les historiens « la marche de la mort de Brno », une « marche de réconciliation » est organisée depuis 2006 dans le sud de la Moravie. Sa 12e édition s’est déroulée ce week-end, en présence de plusieurs centaines de personnes.

'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK « J’ai fêté mes huit ans le 15 mai 1945. Quelques jours après mon anniversaire, les membres des comités qui étaient constitués de gens ordinaires nous ont réveillés tard le soir. Sans pouvoir nous préparer ou prendre nos affaires, ma mère, mes deux sœurs et moi-même, nous avons été transportés au bureau de police du quartier. Ici, on rassemblait les soi-disant Allemands. Notre famille était tchèque, mais mon père a travaillé, pendant la guerre, pour une entreprise allemande. Nous avons ensuite été transférés sur place Mendel, au centre de Brno, d’où nous sommes partis à pied vers le village de Pohořelice. »

C’est ainsi que Stanislav Kirchner se souvient du début de ce périple. Tandis que dès le 1er juin, certains Allemands expulsés de Brno ont franchi la frontière tchéco-autrichienne, ils ont été presque 2 000 à périr sur le chemin. Plusieurs centaines de personnes, victimes d’épuisement, de typhus et de dysenterie, sont enterrées dans une fosse commune, à proximité du village de Pohořelice, où un camp a été aménagé à l’époque.

Jaroslav Ostrčilík, photo: ČT24Jaroslav Ostrčilík, photo: ČT24 En signe de réconciliation avec le peuple allemand, Jaroslav Ostrčilík organise tous les ans, une marche dont le trajet emprunte, symboliquement, le sens inverse de la marche de la mort. Samedi dernier, plusieurs centaines de participants tchèques et allemands se sont réunis à Pohořelice, près de la grande croix élevée à l’emplacement de la fosse commune. Sous la chaleur, ils ont parcouru précisément 32 kilomètres pour arriver à Brno. Jaroslav Ostrčilík :

« Il faut se rendre compte qu’il y a 73 ans, les conditions météorologiques étaient à peu près les mêmes qu’aujourd’hui, il faisait peut-être encore plus chaud. A l’époque, les gens marchaient sans eau, sans nourriture et sans aucune assistance médicale. On ne connaît pas le nombre exact d’expulsés, on pense qu’ils étaient entre 25 000 et 27 000 à avoir marché toute la nuit. Il s’agissait de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Les hommes, quant à eux, devaient rester à Brno pour les travaux forcés. Comme de nombreuses personnes expulsées étaient épuisées, elles sont restées dans le camp de Pohořelice, au milieu du chemin. Certains des survivants sont restés dans le village pour la moisson, c’était aussi en quelque sorte du travail forcé. D’autres ont quitté la Tchécoslovaquie par leurs propres moyens. »

'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK Le transfert a été organisé spontanément et en hâte : comme en témoignent les histoires de certains Juifs allemands, antifascistes, ou femmes issues des mariages mixtes, renvoyés par les autorités à Brno.

Dans d’autres villes et régions tchèques, des expulsions spontanées et violentes de la population allemande ont également été organisées entre mai et septembre 1945.

A noter que la marche de réconciliation a fait particulièrement parler d’elle en 2015, où le conseil municipal de Brno a adopté une déclaration exprimant ses regrets quant à l’expulsion massive des populations allemandes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si, en 2002, ce transfert forcé était jugé légitime par 64% des Tchèques, selon une étude de l’agence CVVM, quatorze ans plus tard, il n’était plus approuvé que par 37% des citoyens tchèques.

'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK'La marche de réconciliation', photo: Václav Šálek / ČTK