« En France, on ne voit pas que le cœur de l’Europe se trouve en Europe centrale »

Jusqu’au 11 février, à Rouen, le festival A l’est du nouveau propose une sélection de films d’Europe centrale et orientale. Le cinéma tchèque et slovaque y est évidemment bien représenté. Treize ans déjà après sa toute première édition, Radio Prague a demandé à son fondateur, David Duponchel, s’il aurait parié, à l’époque, sur la longévité du festival qui a, depuis, essaimé jusqu’en Amérique latine.

'Little Crusader', photo: ČT'Little Crusader', photo: ČT « Je ne pensais pas que le festival allait prendre tant d’envergure. C’est vrai qu’au début, je le faisais comme une activité parallèle. A l’époque j’étais à la Famu, et j’étais plus sur la réalisation et la production que sur l’organisation d’un festival. Mais c’est vrai que petit à petit, ça a pris son essor. Et puis, on l’organise aussi à Lima, au Pérou, à Buenos Aires et Cordoba en Argentine. On pense actuellement à ouvrir d’autres festivals au Mexique et en Colombie. C’est donc une grande promotion des films d’Europe centrale et orientale en Amérique du Sud. »

Comment est représenté le cinéma tchèque cette année, dans le cadre du festival qui se déroule à Rouen ?

 « J’ai choisi le film Little Crusader qui a remporté le Globe de cristal l’an dernier à Karlovy Vary, parce que j’aime beaucoup l’œuvre de Václav Kadrnka. On avait déjà proposé son film 80 lettres. Je pense qu’il est important pour un festival de continuer à présenter des films des cinéastes qu’on a mis en avant dans les éditions précédentes. En plus c’est un très bon film que, personnellement, j’adore. On propose aussi un film slovaque, Filthy, de Tereza Nvotová qui, petit à petit, construit aussi une œuvre contemporaine très intéressante. »

Le cinéma d’animation est évidemment aussi représenté…

 « C’est un vecteur classique, et quelque chose de vraiment important parce qu’on construit petit à petit un public d’enfants avec ces films d’animation tchèques. Par exemple avec L’étrange forêt de Bert et Joséphine. C’est quelque chose de très important. A chaque fois, on a près de 2000-2500 enfants qui viennent découvrir cette section d’animation. C’est intéressant car on forme un public : les enfants gardent ces souvenirs et s’habituent à d’autres types de cinéma que ce qu’on peut rencontrer dans les blockbusters. C’est différent et ça me paraît important. »

Est-ce que vous voyez une évolution du cinéma tchèque à l’heure actuelle ?

 « En fait, je sélectionne souvent des OVNI. C’est vrai que quand je reviens à Prague, on ne me dit pas que du bien du cinéma tchèque. C’est vrai qu’il n’est peut-être pas aussi dynamique que le cinéma polonais. Mais il y a des réalisateurs importants et je suis sûr que le cinéma tchèque va retrouver son dynamisme d’antan. »

Le festival s’exporte donc en Argentine et au Pérou. Vous avez des projets de développement dans d’autres pays d’Amérique latine. L’accueil de ce cinéma lointain y serait-il plus « enthousiaste » qu’en France ?

 « Oui, c’est évident. Je me suis aperçu du même phénomène quand je suis venu à Prague récemment, pendant le festival du film iranien, et où les salles étaient pleines. Je constate que les gens ont un peu besoin d’exotisme. On a beaucoup plus de public à Lima et Buenos Aires qu’en France. Certainement, il y a aussi un contexte politique. Quand j’ai créé ce festival, il y avait vraiment une vocation européenne. Lors de la première édition en 2002, c’était une rétrospective du cinéma tchèque, et l’idée était de faire partager, à travers le cinéma, des modes de vie, et de rapprocher les gens. Mais il y a peut-être une scission : en France, on ne voit pas, et c’est fort dommage, que le cœur de l’Europe se trouve justement en Europe centrale et orientale. J’espère que cela va changer, mais ça reste une lutte de chaque jour. C’est vrai que quand j’observe l’élan du public, il y a une grande différence entre les deux continents. »

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