Emploi : les saisonniers, denrée rare en République tchèque

Les employés saisonniers ne sont pas suffisamment nombreux en République tchèque. Fruiticulteurs, agriculteurs, commerçants, sociétés industrielles, de bâtiment ou encore piscines : quels que soient les secteurs d’activité, tous ou presque se plaignent en cette période estivale d’une importante pénurie de main-d’œuvre sur un marché tchèque où le taux de chômage est actuellement le plus faible en Europe.

Photo: Filip Jandourek, ČRoPhoto: Filip Jandourek, ČRo Avec 4,1% en mai dernier, le taux de chômage, annoncé de nouveau à la baisse en juin, est un des plus faibles de l’histoire de la République tchèque. Seules un peu plus de 300 000 personnes sont actuellement sans emploi, soit le total le plus faible depuis 2008. Inversement, le taux d’emplois vacants, de l’ordre de 3,1% selon Eurostat, est le plus élevé de toute l’Union européenne.

Si la tendance n’est pas nouvelle, la situation devient particulièrement préoccupante pour les entreprises en période estivale, comme le confirme Petr Kopáček, porte-parole de Hamé, un des leaders tchèques dans la production alimentaire :

« Nous traitons des produits de saison dans nos usines et produisons non-stop y compris durant les mois d’été. Quand nos employés prennent leurs congés, nous avons besoin de les remplacer, mais trouver des travailleurs libres devient vraiment de plus en plus compliqué. »

Cette conjoncture profite en revanche aux demandeurs d’emploi, et notamment à ceux que les Tchèques appellent « brigádníci », soit les travailleurs temporaires. Manager en charge du marketing au sein de l’agence de recrutement Grafton Jitka Součková précise pourquoi :

« Les employeurs ont commencé à chercher du personnel et à passer des annonces pour les mois d’été dès le début du mois de mai. L’offre d’emplois saisonniers est cette année très nettement supérieure à celle des années précédentes. Pour les entreprises, le problème est double. Non seulement elles sont confrontées à la prise de congés de beaucoup de leurs employés, mais aussi plus généralement sur le plus long terme au déficit de main-d’œuvre. »

Toujours selon Jitka Součková, les entreprises sont intéressées en priorité par l’embauche d’étudiants majeurs, mais aussi de parents en congé parental. En revanche, pour les étudiants n’ayant pas encore dix-huit ans, la recherche d’un emploi est souvent plus compliquée. C’est ce que constate Tomáš Ervín Dombrovský, analyste de la société chargée de la gestion de deux des principaux sites d’annonces d’emploi du pays, Práce.cz et Jobs.cz :

« De manière générale, le salaire des travailleurs saisonniers tend à augmenter ces dernières années, ce qui, bien entendu, est le reflet de l’évolution de la situation sur le marché du travail. Néanmoins, une partie des personnes intéressées par ces emplois saisonniers sont dans une situation désavantageuse car elles n’ont pas encore dix-huit ans et les employeurs sont moins intéressés par leurs services. Du coup, leur politique est vraiment de proposer de faibles salaires. »

Photo: Lucie Hochmanová, ČRoPhoto: Lucie Hochmanová, ČRo Lycéen originaire de Moravie employé cet été dans des vergers de Bohême du Sud, Michal Suchý affirme pourtant ne pas se plaindre. Les 195 kilos de cerises que lui et ses quatre autres collègues ont cueillis il y a quelques jours de cela ont rapporté un peu plus de 2 500 couronnes (95 euros), soit près de 50 centimes d’euros le kilo.

Plus généralement, le salaire moyen de ces travailleurs temporaires tourne autour de 100 couronnes de l’heure, soit 3,80 euros. Pas de quoi grimper aux arbres, de nombreux saisonniers se plaignant, malgré l’offre d’emplois, de devoir travailler pour des queues de cerise.