Deux héros de la résistance tchécoslovaque honorés en Angleterre

C’est un oubli historique enfin réparé. Une plaque en l’hommage des parachutistes tchécoslovaques chargés d’éliminer le dirigeant nazi Reinhard Heydrich en 1942 a été installée dans le village anglais d’Ightfield. C’est là, en effet, que Jan Kubiš et Jozef Gabčík ont été hébergés par la famille Ellison.

Une plaque en l’hommage des parachutistes tchécoslovaques d’Ightfield, photo : Ambassade de de Royaume-Uni à PragueUne plaque en l’hommage des parachutistes tchécoslovaques d’Ightfield, photo : Ambassade de de Royaume-Uni à Prague C’est sur la tombe de la famille que la pierre commémorative a été dévoilée dimanche après-midi, en présence des descendants des Ellison et de l’ambassadeur slovaque au Royaume-Uni, Ľubomír Rehák. Les futurs héros Jan Kubiš et Jozef Gabčík avaient rencontré les filles Ellison, Lorna et Edna, lors de leur entraînement spécial au Royaume-Uni, durant lequel s’était nouée une grande amitié. Ils y avaient préparé l’assassinat de Reinhard Heydrich, sous le nom de code « Opération Anthropoid ». La famille ne savait alors rien de ce qui se préparait, comme le raconte, soixante-quinze ans plus tard, le fils d’Edna Ellison, Neil Ruscoe :

« Ils faisaient en permanence des sortes de tours de garde et quand ils s’arrêtaient, ils avaient leurs armes au bord de la table. La famille a donc toujours su qu'ils n’étaient pas des soldats ordinaires. Ma mère racontait que Jan était en train de marcher dans le jardin, lorsque le moment de l’opération Anthropoid est arrivé, Jozef était parti le premier. Elle savait que quelque chose se passait, parce qu'il était trop calme et faisait les cents pas dans le jardin. Jan a dit : ‘j'ai été choisi pour une mission, je ne peux pas vous dire laquelle, mais j'espère que nous en reviendrons vivants et vous emmènerons en Tchécoslovaquie pour vous faire rencontrer nos familles’. Alors oui, ma famille savait que Jan et Jozef étaient formés pour certaines choses, mais sans jamais savoir lesquelles précisément et combien cela était important. »

Reinhard Heydrich, photo : ČTReinhard Heydrich, photo : ČT La mission est menée à bien à Prague. Le 27 mai 1942, à 10h35, une grenade antichar lancée par Jan Kubiš blesse Reinhard Heydrich, alors vice-protecteur de Bohême-Moravie, entraînant sa mort. Aucun des deux soldats n’a survécu aux suites de l’opération, après une traque de plusieurs jours menée par les nazis. Pour Neil Ruscoe, il est essentiel que cette histoire ne soit pas oubliée :

« Personne parmi nous ne rajeunit, et cette histoire est donc en train de disparaître. Même si notre famille sait toujours tout à ce sujet, ce n’est pas le cas de beaucoup d’habitants d’Ightfield, parce que les gens meurent et que de nouveaux habitants s’y installent. Nous pensons simplement que rappeler ce que ma famille et ces deux soldats ont fait est une bonne chose. C’est une chose trop importante pour la laisser tomber et ne pas la commémorer. Maintenant que nous avons un monument permanent pour eux, nous pouvons espérer que l’on se souviendra de ma famille et des deux soldats tchèques pour toujours. »

Jan Kubiš et Jozef GabčíkJan Kubiš et Jozef Gabčík A l’initiative de ce mémorial se trouve l’historien britannique John Martin. Spécialiste de l’Opération Anthropoid, il s’est battu pour récolter les fonds nécessaires à la pose de cette plaque. John Martin explique les raisons qui l’ont poussé à défendre ce monument :

« Juste avant que les hommes soient évacués pour l'Opération Anthropoid, ils ont mentionné la famille Ellison dans leurs dernières volontés et leur testament. Pendant de nombreuses années, je me suis rendu compte qu'il y avait un oubli. Rien n’était concret, il n'y avait pas de plaque ou de pierre pour commémorer cette amitié historique. Cela se réalise enfin et je suis convaincu que les gens, suite à la pose de cette pierre, viendront désormais s’y recueillir durant les cent prochaines années. Je pense que c'est là une partie importante du puzzle de la vie extraordinaire qui a été celle de Gabčík et Kubiš.»

Film Anthropoid, photo : Bleeker Street Media / James LisleFilm Anthropoid, photo : Bleeker Street Media / James Lisle Une histoire que le grand public a pu (re)découvrir récemment au cinéma avec les sorties coup sur coup d’abord en 2016 du film Anthropoid de l’anglais Sean Ellis, puis cette année du film français HHhH de Cédric Jimenez.