Des volontaires tchèques et français contre l’analphabétisme en Centrafrique

Alors que les Centrafricains utilisent au quotidien la langue sango, l’enseignement scolaire y est délivré uniquement en français. Une situation qui empêche de nombreux jeunes d’aller au bout de leur cursus primaire. L’ONG tchèque Siriri, qui agit depuis onze ans en République centrafricaine, expérimente depuis 2015 un programme de formation des enseignants qui vise à remédier à cette situation. Alors que douze volontaires s’envolent ce mardi pour la Centrafrique, Radio Prague a fait le point sur ce projet avec Fabrice Martin, le directeur de Siriri.

Fabrice Martin, photo: Kristýna MakováFabrice Martin, photo: Kristýna Maková « Pour la troisième année consécutive, l’ONG Siriri envoie des bénévoles pour aller former des instituteurs en République centrafricaine à une méthode pédagogique plus moderne que celle qui est utilisée sur place. Elle leur apporte en même temps des outils pédagogiques, dont des manuels. Un en particulier, un syllabaire que nous avons développé avec des instituteurs et des pédagogues locaux et tchèques, pour enseigner en sango, qui est la seconde langue officielle du pays, puisque la première est le français. Première sur le papier puisque les gens parlent plutôt sango à la maison et dans toutes les activités quotidiennes. Les enfants sont très perturbés quand ils rentrent à l’école puisque l’enseignement en principe se fait en français dès le premier jour dans les écoles centrafricaines. C’est pour cela que nous avons développé ce programme qui vise à lutter contre l’analphabétisme qui a tendance à augmenter au Centrafrique, car plus de la moitié des enfants ne finissent pas l’école primaire qui dure six ans, faute de comprendre ce qu’il se passe en cours. »

Pour ce qui est des volontaires qui vont partir, qui sont-ils, quel est leur profil ?

 « Ce sont des jeunes et moins jeunes, qui sont étudiants, jeunes professionnels, qui viennent d’horizons très divers. Cette année, une particularité est que nous partons avec des Tchèques francophones et aussi des Français, qui nous ont rejoints. Beaucoup ont suivi des formations pour devenir instituteurs ou enseignants. Certains enseignent, d’autres en particulier ont des profils de formateurs : les deux Français le sont auprès de la Croix-Rouge. La plupart ont des pratiques de scoutisme ou d’accompagnement de jeunes, qui sont donc habitués à une certaine pédagogie par le jeu, par les activités de groupe, ce qui est le cœur de notre projet. C’est pour cela que nous appelons d’ailleurs ce programme ‘Apprendre en jouant’, qui repose sur la pensée du grand pédagogue tchèque baroque Jan Amos Komenský, Comenius en français. »

Photo: Site officiel de l'organisation SiririPhoto: Site officiel de l'organisation Siriri Vous avez lancé ce projet pour favoriser l’apprentissage du sango l’an dernier à une petite échelle. A l’époque vous aviez pour objectif de lui donner une plus grande ampleur, comment ce projet avance-t-il ?

 « Nous avions déjà fait en 2015 un projet pilote sur une école principale, et deux écoles de campagne autour. Nous avions alors rencontré un certain succès auprès des enseignants et des parents d’élèves, qui ont vu que, dès le milieu d’année, leurs enfants maîtrisaient l’écriture et la lecture bien mieux que leurs ainés qui étaient passés par le système en français. L’an dernier, nous sommes montés à 130 enseignants, cette année nous serons probablement autour de 220. Nous avons un fort soutien des autorités pédagogiques locales, des inspecteurs de l’académie où nous enseignons. Nous faisons notre formation en province, c’est aussi une particularité de notre projet : beaucoup de choses se font à la capitale Bangui, peu en province. Nous comptons bien continuer à le développer. Tout d’abord parce que nous avons cette année des demandes que nous ne pouvons satisfaire dans d’autres villes, parce que c’est difficile de déplacer des volontaires pour une période plus longue. C’est aussi une question de moyens.

Cette année nous avons surtout réalisé une suite à ce syllabaire. C’est un livre de lecture en sango, qui a été créé grâce à l’intervention de pédagogues, auteurs, écrivains centrafricains mais aussi illustrateurs, comme Didier Kassaï, qui est très connu, et son frère, qui a aussi une très belle plume. Egalement avec l’aide de dessinateurs, de pédagogues tchèques pour donner la structure de ce livre de lecture. Nous allons leur présenter, voir leur réaction, et surtout le tester dans un petit nombre de classes, auprès d’enfants qui ont déjà suivi l’enseignement en sango cette année et pourront continuer pour bien maîtriser la lecture. Au printemps prochain nous irons évaluer leur travail. »

Photo: Site officiel de l'organisation SiririPhoto: Site officiel de l'organisation Siriri En ce moment, la situation en République centrafricaine est compliquée du point de vue sécuritaire, un casque bleu marocain a été tué fin juillet. Comment cela influence-t-il le travail de l’ONG Siriri ?

 « Il se trouve que nous intervenons dans une région qui est plus calme. Nous travaillons dans l’ouest du pays, qui est moins perturbé par ces malheureux événements et ces combats qui peuvent endeuiller le pays et tuer des casques bleus. Nous nous appuyons sur des partenaires locaux qui ont une bonne connaissance des lieux, du milieu, des personnes et intervenants divers qui pourraient se manifester. La situation semble suffisamment sûre pour que nous puissions réaliser cette formation. »