Crise gouvernementale : statu quo malgré les manifestations

Tandis que le président de la République, Miloš Zeman, et les représentants des trois partis de la coalition gouvernementale, y compris le ministre des Finances Andrej Babiš, étaient réunis à Liberec pour tenter de trouver une issue à la crise, des milliers de personnes, dont plus de 20 000 à Prague, ont manifesté dans plusieurs grandes villes du pays, mercredi soir, pour exprimer leur ras-le-bol et protester précisément contre Miloš Zeman et Andrej Babiš.

La manifestation à Prague, merccredi soir, photo: ČTKLa manifestation à Prague, merccredi soir, photo: ČTK Lorsque les Tchèques sont rassemblés en nombre et agitent leurs trousseaux de clefs, cela signifie qu’ils réclament du changement. C’est ce qu’ils avaient fait lors des manifestations historiques de 1989 qui ont abouti à la chute du régime communiste. C’est ce qu’ils font depuis lors de chaque mouvement (ou presque) de protestation. Et c’est ce que des milliers d’entre eux ont fait de nouveau mercredi soir à Prague, Brno, Liberec et dans quatre autres villes du pays.

Les changements que les Tchèques mécontents réclament cette fois sont au nombre de deux : les départs d’Andrej Babiš et de Miloš Zeman, auxquels est reprochée leur implication dans la crise dans laquelle est plongée le gouvernement depuis maintenant une dizaine de jours. Malgré la demande formulée vendredi dernier par le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, et contrairement à ce que stipule la Constitution, le chef de l’Etat n’a pour l’instant pas révoqué Andrej Babiš de ses fonctions au sein du gouvernement. Quant à ce dernier, s’il affirme être prêt à accepter sa démission, c’est à la seule condition qu’un membre du mouvement ANO, une des deux principales formations de la coalition gouvernementale, le remplace dans ses fonctions, comme il l’a confié pour la Radio tchèque :

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK « Le mouvement ANO ne quittera pas le gouvernement. Nous avons déjà dit très clairement que nous ne romprons pas l’accord de coalition. Notre volonté est d’apaiser la situation. Nous y parviendrons si la coalition accepte un nouveau ministre des Finances. Ce n’est qu’ensuite, si monsieur le président y consent lui aussi comme je l’espère, que je serai démis de mes fonctions. Mais pour le moment, je ne vois pas la moindre raison de démissionner, car je suis l’objet d’une campagne ordurière. »

Le leader du mouvement ANO est accusé par les autres partis de transactions financières frauduleuses et de manipulation des médias ; autant d’accusations qu’il rejette en bloc. A cinq mois des élections législatives, dont il est le grand favori selon les sondages, et huit de la présidentielle, pour laquelle il apparaît de plus en plus comme un soutien de poids pour Miloš Zeman qui briguera un second mandat, Andrej Babiš s’estime être victime d’une campagne de diffamation.

Mercredi soir, sur une initiative de dernière minute du président Zeman et en l’absence de Bohuslav Sobotka en visite au Luxembourg, Andrej Babiš s’est retrouvé avec le chef de l’Etat et les responsables des deux autres partis de la coalition, les sociaux-démocrates et les chrétiens-démocrates, pour discuter de la situation et tenter de trouver une solution pour sortir de la crise. Une initiative que n’a que très modérément appréciée le chef du gouvernement, comme il l’a fait très clairement savoir depuis Luxembourg :

La manifestation à Prague, merccredi soir, photo: ČTKLa manifestation à Prague, merccredi soir, photo: ČTK « Je pense que la volonté de créer un nouveau scénario doit servir à détourner l’attention de l’obligation qu’a le président de la République selon la loi fondamentale de notre pays, à condition bien entendu que nous voulions que les principes démocratiques soient respectés. C’est pourquoi je porte une grande estime à tous les gens qui ont manifesté mercredi soir et qui se sont exprimés en faveur de la démocratie et du respect de la Constitution. La condition indispensable pour cela est que les politiciens respectent les règles du jeu, y compris le président de la République qui devrait donc révoquer de ses fonctions le ministre des Finances. »

Leader des chrétiens-démocrates, le plus petit des partis de la coalition, Pavel Bělobrádek, a reconnu lui aussi que cette réunion n’avait abouti à aucun accord entre les partenaires gouvernementaux :

Pavel Bělobrádek, photo: ČTKPavel Bělobrádek, photo: ČTK « Dialoguer et négocier est toujours utile. Je pense que monsieur le président souhaite débloquer la situation et trouver une solution. Qu’il s’agisse des chrétiens-démocrates, du mouvement ANO ou du président de la République, nous nous sommes entendus sur le fait que l’organisation d’élections anticipées n’était pas une solution prioritaire et que nous ne les voulons pas. »

Pour les milliers de participants aux manifestations, dont de nouvelles étaient prévues pour ce jeudi soir et les jours à venir, la solution serait le départ du monde politique de Miloš Zeman et d’Andrej Babiš, comme l’ont clairement fait comprendre les différentes personnalités qui se sont succédé sur le podium en haut de la place Venceslas. Parfois, leurs revendications ont toutefois été de mauvais goût, comme dans le cas du chansonnier Jaroslav Hutka, dont la critique s’est limitée à accuser le président Zeman d’alcoolisme, et que l’on a connu plus inspiré en d’autres circonstances.

En attendant, Miloš Zeman s’envolant ce jeudi pour une visite de près d’une semaine en Chine, une décision quant à une éventuelle révocation d’Andrej Babiš ne semble pas devoir intervenir avant le milieu de la semaine prochaine.