Ces jeunes Tchèques qui se retrouvent dans la rue

Les jeunes SDF sont de plus en plus nombreux en République tchèque. Le nombre de sans-abris de mois de 26 ans est estimé à 10 000, alors que le nombre total de personnes sans logement est évalué à presque 70 000. Réunis la semaine dernière à Prague, les travailleurs sociaux et représentants des municipalités ont discuté des solutions proposées aux jeunes Tchèques dans la rue et de leur efficacité.

Photo illustrative: Leroy Skalstad / Pixabay, CC0Photo illustrative: Leroy Skalstad / Pixabay, CC0 L’aéroport Václav Havel à Prague, un des lieux qui fait le bonheur de quelques-uns des 5 000 SDF que compte la capitale tchèque. Dans une vidéo réalisée en 2014 par l’ONG Naděje (Espoir) et publiée sur Facebook, deux jeunes expliquent devant la caméra leur stratégie de survie :

« Il y a des bancs tout à fait confortables. Ou alors on se trouve toujours un coin pour dormir par terre. On est rarement dérangés. On trouve de tout ici : de la nourriture, des boissons, des mégots qu’on peut encore fumer. De temps en temps, la police nous vire d’ici, ou alors ils nous disent de sortir, d’aller nous promener. Ils nous connaissent. Alors on joue au chat et à la souris : nous sortons, faisons le tour du bâtiment, puis nous revenons… Pourquoi nous sommes ici ? Moi, j’ai eu des problèmes avec la drogue. Et puis je n’ai pas envie de travailler. »

En République tchèque comme dans les autres pays européens, les jeunes SDF ont un profil similaire : certains ont rompu avec leur famille, d’autres ont vécu en institution. La majorité des jeunes de 18 ans qui quittent les foyers d’accueil pour mineurs ne sont pas prêts à l’autonomie et ne savent pas s’adapter à la vie de tous les jours. Souvent sans diplôme et sans expérience professionnelle, ces jeunes au parcours chaotique vivent dans la rue, au jour le jour. Ils n’échappent pas à la drogue, à la criminalité et à la prostitution.

Jakub Marek, travailleur social et chercheur à la Faculté de théologie hussite de l’Université Charles à Prague, a mené, pendant huit ans, une étude auprès des sans-abris de moins de 26 ans. Selon lui, ces jeunes en situation précaire ne veulent souvent pas être considérés comme des SDF :

« Les jeunes qui vivent dans la rue affirment souvent qu’ils ne sont pas sales, ils veulent se distinguer des ‘vieux ivrognes’ comme ils appellent les SDF plus âgés. Tandis que ces vieux qui passent leurs journées sur des bancs se défendent en disant qu’eux, ils ne volent pas et respectent la loi. »

Jan František Krupa, photo: Kristýna MakováJan František Krupa, photo: Kristýna Maková En charge des services sociaux au sein de l’Armée du Salut, Jan František Krupa juge le travail avec les jeunes sans-abris particulièrement difficile.

« A la différence des quinquagénaires qui ont mené une vie normale pendant trente ans et se sont retrouvés dans la rue suite à un événement malheureux, ces jeunes n’ont aucune expérience de la vie ordinaire. Ils vivent au jour le jour, ils n’ont pas de projets. »

Souvent, les jeunes SDF dorment dans des squats ou dans des centres d’urgence, et ne manifestent que peu d’intérêt pour les services d’assistance qui leurs sont proposés par l’Armée du Salut, d’autres ONG ou les municipalités. Les spécialistes plaident pour un soutien à l’emploi des jeunes en difficulté, ainsi que pour la fondation d’une maison d’accueil qui leur serait adaptée et où ils apprendraient à devenir autonomes. Si de telles structures existent déjà en République tchèque, elles sont destinées uniquement aux mineurs ayant vécu en institution et leurs capacités sont limitées.

Pour Jakub Marek, de nombreux jeunes sans logement ont appris à vivre « librement » dans leur « micro-univers » et ne sont pas motivés pour changer leur mode de vie. En s’appuyant sur les résultats de son étude, le chercheur remarque que les SDF cherchant à se réinsérer pendant les deux premières années de leur vie d’errance ont généralement le plus de chances de réussite. C’est peut-être aussi le cas de Michal, ce jeune toxicomane qui, en 2014, squattait à l’aéroport de Prague. Un an plus tard, il s’est à nouveau confié devant la caméra :

« Je vis au sein de la communauté thérapeutique de Karlov. Je viens de terminer un traitement et j’en suis très fier. Je vais déménager à Plzeň, où l’on m’a proposé un logement social. Je suis en négociation pour un emploi. Je veux travailler, rembourser mes dettes et vivre normallement, voilà mon objectif principal. »