Célébrer Mai 1968 et le Printemps de Prague en chansons

Le 21 mai, l’Institut français propose une soirée musicale autour de l’année 1968, avec des chansons françaises et tchèques. C’est la comédienne et metteur en scène, Sophie Knittl, du Petit Théâtre Français, et qui a elle-même des origines tchèques, qui a monté ce spectacle. Au micro de Radio Prague, elle est revenue d’abord sur la genèse du projet :

Motlitba pro Martu, photo: ČTMotlitba pro Martu, photo: ČT « Le projet de célébrer les cinquante ans de 1968 aussi bien en France et en République tchèque, est venu à l’initiative de M. Lévy, le conseiller culturel de l’Institut français. Son souhait était de le célébrer en musique, de retracer un peu historiquement le parcours des deux pays cette année, avec des musiques tchèques et françaises. Il y a donc des chansons d’un peu avant 1968 et aussi d’un peu après. J’ai choisi en dramaturgie de croiser les événements des deux pays, de rappeler d’où est venue Mai 1968 en France, en reparlant des étudiants, de Nanterre, du mouvement qui est né d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, et du côté tchèque, de rappeler que l’ouverture était là… »

Le titre de ce spectacle Liberté 68/Svoboda 68. C’est un spectacle autour du thème de la liberté dans ces deux pays, mais qui s’exprime de façon différente. Comment avez-vous fait la sélection de ces chansons et quelles sont-elles ?

Karel Kryl, photo: ČTKarel Kryl, photo: ČT « Du côté tchèque, n’étant pas réellement avertie, j’ai préféré m’adresser à une historienne, Anne-Marie Páleníček, et qui m’a guidée. J’ai ensuite demandé aux chanteurs tchèques qui ont aussi sondé leurs familles, leurs amis, pour déterminer ce qui avait pu marquer cette époque. Donc, nous avons fait évidemment le choix de la chanson de Marta Kubišová, « Motlitba pro Martu » (Prière pour Marta). Et puis on a choisi de retracer aussi bien ce qu’on pouvait entendre à la radio à l’époque, des tubes qui n’étaient pas forcément que des chansons tchèques. C’était pour montrer que pendant le printemps de Prague, il n’y avait pas encore de chansons engagées : c’était la légèreté, c’était une jeunesse yé-yé aussi qui s’exprimait. Il y a donc quelques chansons qui viennent de l’anglais ou plutôt de l’américain. On a des chansons de Hana Hegerová, de Karel Gott… Et puis il y a l’entrée des chars soviétiques en août, et donc évidemment, on passe à Karel Kryl et à des chansons plus engagées, pour montrer que la normalisation arrivant, se crée un mouvement intellectuel contestataire qui est placé sous surveillance et interdit. »

Et côté français ?

 « Du côté français, on s’est beaucoup amusés. La sélection, je l’ai faite avec Grégoire Brun, notre musicien principal et qui est du groupe Les Gars d’en bas. On a évidemment choisi Léo Ferré, poète visionnaire, car si l’on prend son album de 1967 et qu’on écoute Quartier latin, c’est étonnant : comment a-t-il pu sentir tout ce qui allait s’y passer ? C’est le mystère des poètes… et c’est magnifique. Il y a aussi Ni dieu, ni maître, ou Les anarchistes. On a aussi des chansons radicales et engagées pour la période de Mai 68 qui sont nées sur les barricades, qui sont spontanées et pas forcément connues. »

L’idée est de capter une atmosphère que ce soit en Tchécoslovaquie ou en France en 1968. Les combats et les revendications étaient différents, même si finalement la liberté était au cœur de ces révoltes. Qu’est-ce que Mai 68 et le Printemps de Prague représentent encore pour vous aujourd’hui ?

« J’ai réalisé que finalement 1968, ce n’était pas uniquement la France et la Tchécoslovaquie, mais que c’était un mouvement mondial. C’est un moment marqué par la jeunesse qui, dans le monde entier, explose et a envie d’autre chose. Et le dénominateur commun, c’est en effet la liberté. C’est la liberté portée par des artistes, des intellectuels et surtout par cette jeunesse qui a dit qu’elle voulait changer les choses et voir le monde d’une autre manière. Cet engagement par rapport à l’humain est très fort, et il résonne encore aujourd’hui. Je pense que les questionnements et les revendications de 1968, on pourrait les reprendre presque tels quels aujourd’hui. »