Faits et événements Brundibar, un tyran battu par la force de la musique
Créé à la veille de la Deuxième Guerre mondiale par le compositeur tchèque Hans Krasa, l'opéra pour enfants Brundibar a une histoire curieuse et émouvante. Sa première avait eu lieu au ghetto juif de Terezin, en pleine guerre, avant que ses jeunes interprètes ne soient transportés dans des camps d'extermination... Mardi 23 septembre, soixante ans après cette première représentation, les survivants sont retournés dans l'ancien ghetto pour revoir "leur" Brundibar, à présent interprété par Le Choeur d'enfants Disman de la Radio tchèque.
Brundibar (Photo: CTK)
On dit de Brundibar, joué plus de cinquante fois à Terezin entre 1943 et
1944, que c'est une leçon d'optimisme. Les héros de l'opéra, Pepicek et
Anicka, tentent de gagner quelques sous en chantant dans la rue, pour
pouvoir acheter du lait et des médicaments pour leur maman malade. Mais
ils se voient chassés de leur quartier par le méchant organiste Brundibar,
qui a peur de cette jeune concurrence. Coup de chance, les enfants sont
aidés par le Chien, le Chat et le Moineau, doués de parole. La Justice et
le Bien l'emportent sur le Mal. Les internés juifs de Terezin en rêvaient
jour et nuit...
En 1943, Ela Stein-Weisberger avait 11 ans et chantait, dans Brundibar, le rôle du Chat. Installée aujourd'hui à New York, elle n'a pas pu manquer le spectacle solennel de ce mardi donné par le Choeur d'enfants Disman de la Radio tchèque. Zdena Fleglova, chef de Choeur...
"Brundibar, nous l'avons présenté pour la toute première fois, à Terezin, en septembre 1991. Nous le jouons donc depuis douze ans ce qui pose, parfois, des problèmes, car les enfants grandissent... Chaque Brundibar est différent, car nous le montons avec de nouveaux membres du choeur. Avec cet opéra, nous avons déjà par mal voyagé : en France, en Allemagne, aux Etats-Unis... et partout, nous avons eu du succès. Les enfants adorent l'histoire et la musique de Brundibar, ils arrivent à plonger dans l'atmosphère de l'époque, où l'oeuvre est née."
Brundibar est autant aimé dans son pays qu'à l'étranger. Il figure au répertoire d'un choeur d'enfants de Nevers, dirigé par l'organiste Marie-France Messager. Je l'ai rencontrée lors de sa tournée tchèque, au printemps dernier.
"C'est une longue histoire qui a commencé l'année dernière, où j'ai trouvé la partition de Brundibar. Nous l'avons monté avec le choeur d'enfants de Nevers. Ensuite, j'ai cherché à contacter un choeur tchèque, puisque c'était le pays de naissance de cet opéra. Et alors, un ami organiste m'a mis en relation avec le choeur Domino d'Opava et nous l'avons invité à Nevers. Ensuite, grâce à la Fondation pour la mémoire de la Shoah, mon choeur Capriccio est allé refaire Brundibar au théâtre d'Opava. Pour terminer l'histoire, en octobre dernier, toujours la Fondation pour la mémoire de la Shoah nous a invité au Conseil de l'Europe à redonner Brundibar dans le cadre d'un séminaire des ministres européens de l'Education. Ce concert, donné par les deux choeurs, Capriccio et Domino, correspondait par un pur hasard avec le triste anniversaire de la mort de Hans Krasa, le 17 octobre 1944 à Auschwitz... Les enfants ont vraiment adoré Brundibar. Musicalement, c'est très intéressant et puis, ce n'est pas triste, malgré les circonstances de composition. Ils ont été très sensibles à l'histoire de cet opéra, parce que pratiquement tous les enfants qui l'avaient chanté à Terezin sont décédés. Nous avons, malgré tout, rencontré quatre survivantes du ghetto qui sont venues à Opava spécialement pour voir notre spectacle. Elles ont repris le chant final avec nous et c'était très émouvant. Je suis toujours en relation avec elles."







