Babiš, on prend le même et on recommence

La République tchèque a un nouveau Premier ministre. Comme déjà précédemment, il s’agit toutefois d’Andrej Babiš, qui se succède à lui-même suite à sa seconde nomination, ce mercredi, par le président de la République, Miloš Zeman. A la tête d’un gouvernement démissionnaire depuis janvier dernier, le chef du mouvement ANO s’est vu confier une nouvelle fois la mission de former une coalition susceptible d’obtenir la confiance du Parlement.

Andrej Babiš et Miloš Zeman, photo: ČTKAndrej Babiš et Miloš Zeman, photo: ČTK C’était il y a très précisément six mois de cela. Le 7 décembre dernier, soit un peu moins de deux mois après la tenue des élections législatives que son mouvement ANO avait remportées haut la main avec un score de près de 30 %, Andrej Babiš était nommé Premier ministre. L’objectif qui était le sien au moment de son engagement en politique et de la fondation de son parti six ans plus tôt, se réalisait ainsi. Un mois plus tard, c’était au tour de son gouvernement minoritaire, composé uniquement de ministres ANO ou indépendants, d’être nommé par le chef de l’Etat.

Cinq mois plus tard, la situation n’en est pas tout à fait au point mort, mais presque. Ce mercredi matin, Andrej Babiš était certes toujours Premier ministre, mais d’un gouvernement démissionnaire suite au refus, à la mi-janvier, de la Chambre des députés de lui accorder sa confiance. Jamais encore dans son histoire depuis la partition de la Tchécoslovaquie en 1993, la République tchèque n’était restée si longtemps dans l’incertitude.

Depuis ce mercredi après-midi, Andrej Babiš n’est cependant plus un Premier ministre démissionnaire, mais un nouveau Premier ministre chargé de former un nouveau gouvernement. Chargé de cette nomination, le président Miloš Zeman explique pourquoi il a choisi de donner une seconde chance au leader du mouvement ANO après que celui-ci a échoué dans sa première tentative :

« Les négociations pour la formation d’une coalition durent depuis très longtemps. Ma volonté est donc d’essayer d’accélérer le processus de façon à disposer d’un gouvernement le plus rapidement possible. »

Ce gouvernement, selon l’avancement des dernières négociations, devrait prendre la forme d’une coalition entre le mouvement ANO et le parti social-démocrate (ČSSD) qui serait soutenue par le parti communiste lors du vote de confiance. Pour en avoir la confirmation définitive, il faudra toutefois attendre le 15 juin et le résultat du référendum interne au ČSSD. Ses membres ont été appelés à choisir entre une coopération gouvernementale avec ANO ou un refus de celle-ci et un maintien dans les rangs de l’opposition. En attendant, le désormais ex-Premier ministre démissionnaire Andrej Babiš affirme que les choses pourraient ensuite aller relativement vite si le « oui » l’emportait lors de la consultation au sein de la social-démocratie :

« Cela dépendra des disponibilités de monsieur le président pour faire connaissance des nouveaux ministres et nommer ce nouveau gouvernement. Mais si je m’en tiens à ce qui a été convenu, nous pourrions solliciter la confiance de la Chambre des députés le 11 juillet. »

Mardi soir, et comme plusieurs autres fois déjà ces derniers mois, plusieurs milliers de personnes ont manifesté sur la place Venceslas à Prague et dans d’autres villes du pays pour protester contre cette seconde nomination d’Andrej Babiš aux fonctions de Premier ministre et la perspective de ce gouvernement minoritaire qui marquerait le retour aux affaires du parti communiste.