Faits et événements Août 68 : déboires à Prague comme à Moscou

19-08-2011 16:14 | Magdalena Hrozínková

Le 21 août 1968 est une date qui représente, dans l’esprit de très nombreux Tchèques et Slovaques, une immense désillusion. A l’occasion du 43e anniversaire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, les journalistes et historiens tchèques ont voulu examiner la fin du mouvement démocratique dans le pays sous un angle inhabituel : dans le livre fraîchement sorti et intitulé « Invasion 1968. Regard russe », ils s’interrogent sur la manière dont cette soi-disant aide fraternelle de l’Union soviétique a été perçue et vécue par les Russes, toutes professions et classes sociales confondues.

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Edouard Vorobiov, photo: CTKEdouard Vorobiov, photo: CTK « A l’époque, j’étais persuadé de bien faire. Aujourd’hui, je vois les événements de 68’ dans un contexte différent, je ne me comporterais plus de la même manière, je ne ferais pas tellement confiance aux médias et à la campagne du parti. Je me demanderais, moi-même, si je veux vraiment participer ou pas, » a dit à l’occasion du lancement du livre, à Prague, le général Edouard Vorobiov, qui a participé à l’invasion d’août 1968 par les troupes de cinq pays socialistes, menées par l’armée soviétique. Près de 700 000 soldats ont alors prit part à cette opération dont le but était d’étouffer le vent de liberté qui soufflait dans le pays, d’empêcher toute tentative de réformer le régime communiste. Le « séjour provisoire » de quelque 150 000 soldats soviétiques sur le territoire tchécoslovaque a finalement duré 23 ans. Par ailleurs, ce même général Vorobiov a dirigé leur départ du pays, il y a vingt ans, en juin 1991.

Le bilan de l’invasion est lourd : rien que son premier jour a coûté la vie à 58 citoyens tchécoslovaques. Jusqu’à 1991, 290 décès au total en rapport avec la présence des soldats soviétiques ont été enregistrés. Sans parler de la dépression générale dans laquelle a plongé la société… Le désenchantement qui a suivi l’écrasement du Printemps de Prague a été propre aux Tchèques aussi bien qu’aux Russes, du moins à ceux qui espéraient un changement de climat dans leur propre pays. L’ancien correspondant de la télévision tchèque à Moscou, Josef Pazderka, qui est à l’origine du livre « Invasion 1968. Regard russe », sorti aux éditions Torst, est allé à leur rencontre. Il explique :

Josef PazderkaJosef Pazderka « J’ai interrogé plusieurs anciens soldats soviétiques qui avaient participé à l’occupation de la Tchécoslovaquie. Leurs positions sont différentes : certains sont capables d’évaluer à juste titre ce qui s’était passé, d’autres n’y arrivent pas. J’ai aussi recueilli les témoignages des journalistes soviétiques qui étaient à Prague en août 1968 et qui connaissaient suffisamment le milieu pour comprendre ce qu’était le Printemps de Prague. Ils s’étaient virulemment opposés à l’invasion soviétique et ont été ensuite sévèrement punis. Evidemment, j’ai rencontré les dissidents russes pour qui le Printemps de Prague était une période extrêmement forte et importante. Pour eux, l’occupation a mis un terme à tout espoir que quelque chose puisse changer en URSS. »

Photo: Josef KoudelkaPhoto: Josef Koudelka Complété par les commentaires d’historiens tchèques, des extraits de journal d’une scientifique moscovite, des photographies de Josef Koudelka, de photos, de documents et de témoignages inédits, cet ouvrage évoque, entre autre, les protestations publiques des dissidents russes contre l’occupation de la Tchécoslovaquie, notamment celle du 25 août 1968. Le livre s’intéresse aussi aux échos du Printemps de Prague, en tant que tel, dans les milieux intellectuels et dissidents soviétiques. L’ancienne dissidente Ludmila Alexeïeva se souvient :

« Certains d’entre nous savaient parler tchèque ou ils se sont mis à l’apprendre. Ils achetaient Rudé právo, Literární listy et d’autres journaux tchécoslovaques, ils lisaient et traduisaient tout. Nous le retranscrivions et distribuions aux autres. »

Petr Kolář est ambassadeur tchèque à Moscou :

« De nombreux intellectuels russes perçoivent aujourd’hui encore l’invasion comme un traumatisme, comme leur défaillance personnelle, comme une honte. Grâce à ce livre, le public tchèque le saura. »

Il n’empêche que selon une étude réalisée en 2008 par le centre de sociologie russe Levada, plus de la moitié des Russes n’auraient pas d’opinion à propos de l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en estimant que celle-ci était liée au passé de l’URSS et n’a aucun rapport à la Russie actuelle.

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