Ancien ambassadeur en France, Pavel Fischer annonce sa candidature à la présidentielle

Longtemps conseiller du président Václav Havel, puis un temps ambassadeur de la République tchèque en France et à Monaco, Pavel Fischer, 55 ans, a confirmé ce jeudi qu’il serait candidat à l’élection présidentielle organisée au début de l’année prochaine. L’actuel directeur de l’agence STEM, chevalier de la Légion d’honneur depuis 2010, a expliqué pour Radio Prague le sens de sa candidature.

Pavel Fischer, photo: ČTKPavel Fischer, photo: ČTK Pavel Fischer, pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l’élection présidentielle tchèque ?

 « Cette décision a mûri tout au long de l’année dernière, avec les débats que j’ai menés avec le public. J’ai senti qu’il y avait une vraie demande de présenter un projet politique européen, ouvert vers la coopération, et j’ai senti qu’il y avait quand même une demande qui n’a pas été entièrement satisfaite. D’autres candidats se sont bien sûr présentés mais leur programme, voire leur expérience, ne m’apportaient pas, à moi et aux sénateurs qui m’ont soutenu, des garanties suffisantes qu’ils soient suffisamment convaincants. »

A ce propos, vous êtes soutenus par des sénateurs de différentes obédiences politiques. C’était important pour vous d’avoir un large spectre de soutiens ?

 « Tout à fait. J’ai mené des pourparlers avec tous les partis politiques représentés au Sénat et j’ai fait en sorte de ne pas m’enfermer sur un parti politique particulier. J’ai souhaité surtout rencontrer aussi ceux qui n’ont pas affiché une volonté particulière de me soutenir parce que je considère que le Sénat, dans le système parlementaire qui est le nôtre, joue un rôle tout à fait prépondérant pour accompagner le président dans ses activités constitutionnelles. »

Parmi les candidats déclarés, il y a Miloš Zeman, qui sollicite un second mandat, il y a Michal Horáček ou encore Jiří Drahoš. Qu’apportez-vous en termes de programme par rapport à ces candidats ?

 « Je propose de relier des questions de politique intérieure avec des perspectives européennes, de lier à la fois la défense et la sécurité, des domaines dans lesquels j’ai travaillé. Je propose mes vingt ans d’expérience de fonctionnaire au service de l’Etat. J’ai fait des études à l’ENA et je sais combien les questions de gouvernance aujourd’hui sont interconnectées. C’est pour cela que j’ai proposé une alternative, un programme qui n’a pas eu pour l’instant de réponse satisfaisante à mon avis. Je souhaite me consacrer au développement des campagnes, qui est un élément important, surtout dans les débats sur l’avenir de la PAC, la politique agricole commune, ou bien des perspectives financières. Je souhaite également ouvrir un centre d’éducation à la citoyenneté active au château de Prague. Le château accueille beaucoup de touristes, des entreprises peuvent y louer des espaces pour leurs événements, mais les écoliers, les étudiants n’y ont pas pour le moment suffisamment d’espace pour se former, pour s’éduquer. »

Quel diagnostic faites-vous aujourd’hui de la société tchèque et quels sont selon vous les principaux défis auxquels elle fait face ?

 « Nous avons une société à plusieurs vitesses. C’est un constat qui a été fait non seulement en République tchèque mais aussi à travers l’Europe et je souhaite sortir de Prague pour capter l’attention des citoyens qui cherchent un sens, qui cherchent aussi du contenu. De par mes expériences du terrain, je sais qu’il y a une réelle demande d’une politique qui va au-delà de l’échéance électorale la plus proche, une politique qui est plus à long terme, stratégique. »

Vous parlez de vos expériences. Vous avez été ambassadeur en France, vous avez aussi été quelques années un conseiller du président Václav Havel. Que peut vous apporter cette expérience auprès du président Havel dans l’optique de devenir président de la République tchèque ?

Václav Havel, photo: Tomáš Vodňanský, ČRoVáclav Havel, photo: Tomáš Vodňanský, ČRo « Dans le service de l’Etat, il y a une certaine continuité. Pour ce qui des années de la présidence Václav Havel, il faut remarquer qu’il a donné une direction à la société suite aux événements importants en 1989. Il a rendu visible notre pays sur la carte du monde. Ceci me rassure sur le fait qu’il y a une réelle demande encore aujourd’hui à travers le monde de voir cet accent sur cette politique qui s’occupe des valeurs comme les droits de l’Homme, comme la quête de coopération, comme l’attention portée à la culture. Václav Havel était un homme des arts. La culture peut beaucoup rapprocher, non seulement sur le plan international mais sur le plan interne aussi. Je crois beaucoup à cette capacité de la culture à rapprocher les gens. »

L’actuel président Zeman a un autre profil. Il est assez clivant. Comment évaluez-vous la présidence de Miloš Zeman ?

 « Je trouve qu’il a su capter l’attention des gens qui ne sont pas satisfaits, ni avec leur propre vie, ni avec la situation politique du pays. Mais il a aussi su tourner le gouvernail du pays vers des perspectives de coopération avec la Russie et avec la Chine. Et si on quitte le terrain des affaires économiques, où même là le bilan n’est pas tout à fait clair, sur le plan stratégique et politique, il a quand même réussi à rendre moins nette notre orientation vers nos voisins d’Europe, vers nos partenaires et nos amis au sein de l’Union européenne, et avec la France en particulier. »

L’une des problématiques de discorde au sein de l’Union européenne, c’est la question migratoire, avec une opposition notamment entre la République et les pays du groupe de Visegrád d’un côté, et les pays d’Europe occidentale de l’autre. Comment voyez-vous la politique migratoire de la République tchèque ?

Photo illustrative: Arbeitsbesuch Mazedonien, CC BY 2.0Photo illustrative: Arbeitsbesuch Mazedonien, CC BY 2.0 « Il faut répondre aux craintes de la population qui sont réelles, qui ne sont peut-être pas basées sur les chiffres du nombre de migrants présents dans le pays, mais qui sont réelles. Ces craintes existent et il faut les prendre en considération. Il faut les accompagner, expliquer et ouvrir le débat car, sur le plan stratégique de coopération avec nos partenaires européens, nous ne pouvons pas nous désolidariser avec le sort des pays qui sont en première ligne. Soutenir une solution européenne, à la fois sur le plan de l’asile, sur le plan du retour de ceux qui n’ont pas droit de rester en Europe, et protéger les frontières, ce sont tous les éléments d’une construction qui est importante et qui aura aussi besoin d’une énergie politique. Et je suis prêt à y contribuer. »

Une vingtaine de personnalités ont pour l’heure fait part de leur éventuel désir de candidater à la présidence de la République. En plus de Pavel Fischer, qui annonce avoir reçu le soutien des dix sénateurs nécessaires pour pouvoir concourir, l’actuel chef de l’Etat Miloš Zeman, l’ancien directeur de l’Académie des Sciences Jiří Drahoš et l’homme d’affaires et musicien Michal Horáček devraient également être de la partie. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 7 novembre prochain et le premier tour de la présidentielle sera organisée les 12 et 13 janvier 2018.