Faits et événements Alain Fantapié: "Aujourd'hui nous avons le sentiment que Karel Ancerl nous est complètement rendu."
C'est au disque que le chef d'orchestre tchèque, Karel Ancerl (1908-1974), doit sa renommée internationale. Lorsqu'il est devenu, en 1950, directeur musical de l'Orchestre philharmonique tchèque, l'industrie du disque prenait un grand essor et le niveau technique des enregistrements augmentait rapidement. Grâce aux disques édités dans les années cinquante et soixante en Tchécoslovaquie par Supraphon, le public de nombreux pays a pu découvrir la sonorité inimitable de la Philharmonie tchèque et l'art de son directeur musical. Le génie de Karel Ancerl n'a pas échappé à l'Académie du Disque Charles Cros.
Karel Ancerl
Récemment, lorsque Supraphon est revenu sur cette période glorieuse de la
musique tchèque et a réédité, en 42 disques, la collection des
enregistrements de Karel Ancerl, l'Académie Charles Cros a salué cet
exploit en attribuant à Supraphon un prix spécial. Cette distinction vient
d'être remise à la directrice de Supraphon Jana Gonda, ce mercredi, lors
d'un colloque et un concert en hommage à Karel Ancerl à l'Auditorium Coeur
de ville à Vincennes. Parmi les musicologues, historiens et journalistes
présents à cette soirée organisée par le Centre tchèque de Paris il y
avait aussi Alain Fantapié, président de l'Académie Charles
Cros. Il a retracé pour Radio Prague quelques grands moments de la
carrière de Karel Ancerl qui lui avait attiré les faveurs de l'Académie:
"Le premier disque d'un musicien tchèque qui ait été primé par l'Académie, c'était justement un disque de Karel Ancerl, c'était en 1960, à l'occasion de l'enregistrement de la VIe symphonie de Bohuslav Martinu avec la Philharmonie tchèque. Mais Karel Ancerl nous a tellement impressionné à l'époque (en 1960, je ne faisait pas encore partie de l'Académie) qu'en 1964, quatre ans plus tard, on lui donnait à nouveau un grand prix de l'Académie Charles Cros, cette fois pour le superbe enregistrement de la Messe glagolitique de Janacek par l'Orchestre et le Choeur philharmonique de Prague. "
Peut-on présenter plus en détails la collection des enregistrements de Karel Ancerl réédités par Supraphon ?
"Ce qui nous a beaucoup marqué c'est que ce sont les disques dont nous avons été privés en France très vite, après 1968. On ne pouvait plus en disposer. Aujourd'hui nous avons le sentiment que c'est pour la première fois que Karel Ancerl nous est complètement rendu. Je voudrais dire aussi que cet hommage à Karel Ancerl est aussi un hommage qu'on rend à travers lui à la vitalité de la musique tchèque, à l'Orchestre philharmonique tchèque, à Supraphon, parce que dans les années qui ont suivi ces deux prix donnés à Karel Ancerl nous avons eu quatre, cinq, six prix donnés encore à des musiciens tchèques."
Revenons quand même encore à Karel Ancerl. Quelles étaient d'après vous ses qualités de chef d'orchestre, en quoi résidait son originalité artistique ?
"Karel Ancerl a été un chef qui devant la musique était d'une
très
très grande intégrité. C'était un chef qui n'a jamais amené les oeuvres à
lui, qui s'est plongé dans les oeuvres d'une manière qui était très
droite, très naturelle et qui était pourtant très inspirée. Je pense que
dans les domaines où la musique exhale un certain romantisme, il a donné
une vision très très chaleureuse et toujours très naturelle des oeuvres
qu'il interprétait. Quand on dit qu'un chef est un musicien, c'est une
chose, mais c'était aussi un technicien. Il a reconstruit l'Orchestre
philharmonique tchèque, il en a fait un instrument qui a été l'un des
trois ou quatre très grands orchestres de ces années-là avec un son
particulier au point que lorsqu'il a fallu chercher un chef pour
l'Orchestre de Paris qu'on venait de créer, beaucoup de gens avaient
espéré que Karel Ancerl soit nommé. Finalement, cela a été Charles Munch,
mais cela exprime le sentiment qu'on avait, que Karel Ancerl était aussi
un homme qui aurait donné à un orchestre en formation un caractère et un
son, et ces sons ce sont ceux de ses enregistrements, c'est la souplesse,
la couleur, c'est le naturel."





