Affaire du nid de cigognes et confiance des députés : les casse-têtes d’Andrej Babiš

L’année 2017 a été marquée en Tchéquie par des élections législatives qui ont vu le mouvement ANO d’Andrej Babiš remporter une large victoire. Son gouvernement minoritaire risque cependant de ne pas obtenir la confiance des députés, un vote prévu la semaine prochaine, et le Premier ministre est toujours empêtré dans l’affaire dite du nid de cigognes. Politiquement, c’est dans l’incertitude que débute la nouvelle année…

Le nid de cigognes, photo: Lenka ŽižkováLe nid de cigognes, photo: Lenka Žižková « Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, la question des poursuites entamées à l’encontre de M. Babiš n’est pas résolue. »

Pour Petr Gazdík, le président du mouvement des maires et indépendants (STAN), les deux problématiques qui agitent la sphère politique en ce début d’année sont liées. Il y a cette affaire dite du nid de cigognes, dans laquelle Andrej Babiš et Jaroslav Faltýnek, le président et le vice-président du mouvement ANO, ainsi que neuf autres personnes, sont poursuivis par la justice. Le groupe Agrofert, qui était jusqu’à récemment la propriété du milliardaire, est soupçonné d’avoir bénéficié illégalement d’une subvention européenne d’environ 2 millions d’euros pour la construction d’un centre de récréation surnommé le nid de cigognes.

Réélus députés cet automne, Andrej Babiš et Jaroslav Faltýnek bénéficient à nouveau de l’immunité parlementaire, et leurs collègues devront encore se prononcer sur la levée de cette protection qui leur avait été retirée une première fois début septembre. Et les deux hommes ont un nouveau caillou dans leur chaussure avec le rapport d’enquête réalisé par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). Le ministère des Finances tchèque a reçu ce document mais traîne les pieds pour le rendre public, comme le demandent de nombreux parlementaires. Si ses conclusions ne sont pas publiées, les eurodéputés de la commission de contrôle budgétaire menacent de réclamer le rapport et de le diffuser eux-mêmes. L’un d’entre eux, le chrétien-démocrate Tomáš Zdechovský, explique :

Tomáš Zdechovský, photo: Dandieczech CC BY-SA 3.0Tomáš Zdechovský, photo: Dandieczech CC BY-SA 3.0 « Le fait de révéler les conclusions de cette enquête ne peut pas avoir d’influence. Les organes tchèques ont eu suffisamment de temps pour parvenir à leurs propres conclusions et les demandes de poursuites à l’encontre de MM. Babiš et Faltýnek en témoignent. »

La ministre des Finances, Alena Schillerová (ANO), indique que ces services étudient le document et promet que d’ici le 10 janvier, la décision de le rendre public ou non sera connue.

Andrej Babiš, qui considère qu’il s’agit d’une affaire créée de toutes pièces pour lui nuire, a d’autres chats à fouetter. Le 10 janvier, c’est justement la date à laquelle les députés doivent se prononcer sur la confiance à accorder à son gouvernement. Il lui reste donc quelques jours pour tenter de convaincre les partis politiques de soutenir son cabinet minoritaire. Pour l’heure, ce n’est pas gagné. Le Premier ministre est pourtant optimiste, même s’il n’exclut pas la possibilité d’élections anticipées :

Andrej Babiš, photo: Jiří Vítek, CC BY-SA 4.0Andrej Babiš, photo: Jiří Vítek, CC BY-SA 4.0 « On verra ce qu’il se passera après le congrès de l’ODS, après celui de la social-démocratie, après l’élection présidentielle… Personnellement, je n’attends bien sûr pas de changement de la part des Pirates ou du SPD, mais chez les autres partis, la position peut peut-être évoluer. Si ce n’est pas le cas, il ne serait évidemment pas bon d’essayer d’obtenir la confiance à plus de deux reprises. La solution serait alors des législatives anticipées qui pourraient avoir lieu en octobre, en même temps que les élections communales. Cela serait une opportunité pour les électeurs de rebattre une nouvelle fois les cartes. »

Si le gouvernement minoritaire échoue à obtenir la confiance, la plupart des médias évoquent un possible rapprochement entre le mouvement ANO, le parti civique-démocrate ODS et le parti social-démocrate ČSSD, en vue de la constitution d’une nouvelle coalition gouvernementale. Si cela ne fonctionne pas, il faudra en venir à l’organisation de législatives anticipées. L’actuel chef de l’Etat, Miloš Zeman, se dit opposé à une telle solution. L’identité du futur président est d’ailleurs l’autre inconnue de ce début d’année, avec la tenue du premier tour du scrutin présidentiel les 12 et 13 janvier prochains. Voilà qui pourrait aussi donner sa couleur à la riche et complexe année politique qui s’annonce…